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Depuis bientôt deux ans, Mauro Remiddi a toujours su nous prendre par les sentiments. Prenez-en pour preuve les merveilles définitives que sont Tip Of Your Tongue ou Dragonfly, deux tubes extraits de Gone Blind EP (2010) que l'on a écoutés jusqu'à la corde, qui, en à peine dix secondes, plongeaient l'auditeur dans l'euphorie la plus béate. Et si le premier véritable album de Porcelain Raft (après d'innombrables sorties digitales mais trop peu de physiques) publié sur un label majeur est en soi un plaisir immense, force est de constater que l'Italien n'a rien perdu de cette capacité à prendre aux tripes, et ce dès l'ouverture magistrale. Drifting In And Out est belle comme du Slowdive, en cela qu'elle démarre à dix mille mètres de hauteur et reste suspendue dans les airs par la simplicité des mélodies efficaces et limpides. Puis, le décor ainsi planté, ce sont les accords acoustiques de Shapeless & Gone qui émergent des strates douillettes, déballant à la perfection une grammaire initiée par Atlas Sound. Le grand talent de Mauro Remiddi, c'est de réussir ce que seul Bradford Cox avait pu effleurer par le passé : faire de la bedroom pop une vraie machine de guerre, brandir ses démos bidouillées dans sa chambre comme des hymnes pop éternels.

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Comme chez Atlas Sound, son tour de force n'est pas tellement de savoir faire jaillir le charme de ces compositions solitaires et cotonneuses, mais bien d'avoir su les ouvrir sur le monde, d'avoir dissocié durablement les mots “intime” et “introverti”. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Porcelain Raft tournera au printemps avec M83. Car, si ce dernier conquiert désormais les stades outre-Atlantique, c'est au prix d'une discographie qui s'était toujours efforcée de gonfler les émois intimes par un romantisme bigger than life. Typiquement le programme de Porcelain Raft, en fait : Backwords, par exemple, commence dans la douceur la plus totale avant de rejoindre des altitudes célestes par la simple superposition de couches synthétiques. C'est également sur un titre pareil qu'on prend conscience d'un fait qui nous avait plutôt échappé jusqu'à lors : Mauro Remiddi chante très bien. Sans cesse à deux doigts d'en faire trop (Is It Too Deep For You?), mais sans jamais se départir d'une sincérité à toute épreuve, sa voix toujours juste lui permet d'aligner sans effort les grands morceaux sensibles (Unless You Speak From Your Heart, Picture, The Way In). Et on se rappelle, ému
, ce que Mauro confiait aux confrères d'Hartzine il y a un an : Porcelain Raft, c'est quelqu'un qui essaie de construire une cathédrale sous l'eau et qui n'y arrivera jamais”. La formule était belle, mais beaucoup trop défaitiste : vu d'ici, l'édifice semble sacrément bien parti pour durer.
Victor Thimonier
MAGIC RPM  #158


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