Si le premier album des Plastiscines est aussi décevant, ce n'est pas (uniquement) la faute des quatre lolitas. Même s'il en coûte à nos oreilles, on ne peut pas reprocher à ces gamines de Saint-Cyr-L'École (Yvelines) d'avoir un jour voulu monter un groupe de rock, ni d'avoir eu assez d'inconscience pour le faire en vrai. Et puis, quoi, on aurait aimé qu'elles déclinent un contrat en major comme s'il s'agissait d'une mauvaise copie de sac Longchamp ? Leur véritable problème, c'est qu'armées de leur seule ingénuité, ces filles viennent de mettre les pieds dans un monde qui n'a rien de candide. Et qu'à leurs défenseurs de la première heure, dont on faisait officiellement partie, elles n'offrent plus aucun argument pour alimenter la plaidoirie. Lorsqu'on leur reprochait de ne pas savoir jouer, nous rétorquions que seules comptaient leurs joues roses et leur énergie. Mais, à mesure que l'on a essayé de les modeler pour le grand public, on les a rendues exsangues et dépourvues de poésie. On les a encouragées à se débarrasser de leur batteuse, Zazie, trop à côté de la plaque elle assurait pourtant le (Muppett) show à elle toute seule , et à qui il ne reste plus que l'amère (Zazie Fait De La) Bicyclette, niaiserie en forme de Vélomoteur dégonflé, pour pleurer. Mais, que voulez-vous, leur entourage en connaît visiblement un rayon sur la manière de gérer un groupe. À moins d'être totalement cynique, l'on comprend alors d'autant plus mal pourquoi les avoir expédiées en studio comme au charbon, sans l'ombre d'une compo qui tienne la route, n'était ce Loser aux sonorités strokesiennes, gentiment tubesque par défaut, ou ce Shake (Twist Around The Fire) qui marche (comme un Égyptien) sur les traces des Bangles. Pour capturer l'urgence d'une toute jeune formation ? La majorité des chansons a beau ne pas atteindre les deux minutes, celle-ci fait cruellement défaut. Les paroles sont si peu inspirées qu'on ne les retient guère, et lorsque les demoiselles passent à la langue anglaise, elles sont visiblement Lost In Translation. Si on voulait un instantané de naïveté, il aurait fallu sortir ce disque deux ans plus tôt. Les Plastiscines seraient peut-être devenues cultes, au lieu de se retrouver étiquetées d'emblée comme un groupe anecdotique. Après l'aseptisation des Naast, un beau gâchis de plus.