Jamais Ed Handley et Andy Turner ne s'étaient montrés si généreux. Ni avec leurs précédents projets, de Black Dog à Balil, ni au cours de leurs deux premiers albums sous le nom de Plaid. Généreux en effet, parce que non seulement Double Figure est d'une richesse sonore et mélodique incroyable, mais aussi parce que chacun des dix-neuf titres est à la fois simple, accessible, élaboré et parfaitement construit. Le duo est même parvenu à ingurgiter (et digérer) non seulement chacune de ses propres expérimentations et trouvailles mais aussi celles de ses concurrents. Si Plaid a assez peu de leçon à recevoir de ses contemporains, il se permet tout de même d'aller taquiner ces messieurs d'Aphex Twin (Twin Home), Autechre (Zamami) ou de Boards Of Canada (New Family, Silversum) sur des terrains où ils régnaient en maîtres quasi absolus. Les révérences à Morricone à travers Sincetta (une improbable relecture de Chi Mai) ou à Schifrin et Mancini (Ti Born) sont toutes aussi pertinentes. Le style même de Plaid est ici transcendé. Turner et Handley visent plus juste. Et à chaque fois. Ils ont dissipé l'éther qui enveloppait autrefois leurs mélodies : les voies de Manyme en sont d'autant plus suaves et les rythmes (funky !) de Squance plus percutants. Parvenant alors à marier mélodies légères et gracieuses avec ses rythmiques efficaces, le groupe livre ici son meilleur album, et on est très loin d'en avoir fait le tour.