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Les enseignants familiers des tableaux noirs et les serveurs chargés d’inscrire le menu du jour sur leur ardoise pourront vous le certifier : la craie blanche (White Chalk) s’efface d’un simple coup de chiffon. C’est donc assez logiquement que Polly Jean Harvey a choisi d’associer cette substance évocatrice d’écrits éphémères à ce septième album en forme de palinodie, où l’Anglaise semble se plaire à gommer soigneusement toute trace de ses œuvres préalables.

Sans doute gagnée par une certaine lassitude et désireuse d’éviter toute forme de routine incompatible avec la haute idée qu’elle se fait de son art, l’ex-rockeuse abandonne ses guitares pour s’asseoir posément derrière un piano tout neuf, débranche tous ses fusibles pour mieux s’écouter chanter, et impose à sa voix une métamorphose saisissante, contorsionnant ses cordes vocales pour atteindre des hauteurs inhabituelles. Un virage à 180°, aussi audacieux que déconcertant qui la rend presque méconnaissable, malgré la présence derrière les consoles de ses complices habituels (Flood, John Parish).

Avec une sincérité indéniable, PJ Harvey parvient ainsi à provoquer un effet de surprise que l’on n’avait sans doute plus éprouvé depuis le choc ressenti lors des premières écoutes de Dry (1992) : même impression de contempler l’exposition de plaies à vif, même fascination pour cette capacité à s’écorcher sans complaisance. Et bien qu’il semble bien difficile de juger à chaud de la qualité intrinsèque de cet album de transition, sans connaître la suite du parcours, on ne peut que saluer ce trait d’audace artistique et cette capacité à la remise en question radicale du confort et des habitudes installées.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #114


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