Après la découverte Feist, la confirmation du talent de Shannon Wright et le grand retour de Patti Smith et de sa fille spirituelle PJ Harvey à quelques mois d'intervalles, 2004 s'impose d'ores et déjà comme l'année de la femme... Pour notre plus grand bonheur. Plus inspiré que son monolithique prédécesseur, Uh Huh Herest un nouveau sommet de jansénisme dans la discographie sans faute de l'ancienne fiancée de Nick Cave. Et si l'on respire un peu mieux sur ce septième album, tout ne roule pas toujours comme sur des roulettes, fussent-elles russes, dans le Dorsey. En effet, de blues anguleux dignes de Captain Beefheart en rocks martiaux (on sait depuis toujours que le rock'n'roll est un art), ces treize nouvelles compositions puisent à la même intarissable source que l'inaugural Dryde 1992. En dehors des parties de batterie assurées par le fidèle Rob Ellis, Polly Jean interprète et produit seule pour la première fois, mâtinant certains titres de quelques touches électroniques discrètes. Toutes guitares dehors, The Life And Death Of Mr. Badmouth, Who The Fuck?, le single The Letter et Cat On The Wall contrastent ainsi avec les accalmies salvatrices de Shame, The Slow Drug et You Come Through. Dans un registre très proche du Bad Seeds en chef, l'inconsolable piano de It's Yououvre de nouvelles perspectives pour la belle anorexique, alors que les splendides The Pocket Knifeet The Darker Days Of Me & Him(relégué en fin d'album) plafonnent en haut de palmarès. Essentiellement interprété à la guitare acoustique, The Desperate Kingdom Of Love résume pour finir toute l'inspiration d'un disque littéralement jouissif, chanté d'une voix toujours plus sensuelle par une PJ Harvey en très grande forme.