Les politiciens vous l’affirmeront : on ne
construit que sur des ruines. Inspiré, entre réalité et visions, d’une
Angleterre qui n’en finit apparemment plus de se disloquer culturellement et
économiquement, Let England Shake représente ainsi un nouveau et
incontestable pic créatif dans la discographie de PJ Harvey. Mais il n’est
certainement pas une œuvre politique comme pouvaient l’être, en leur temps, les
imprécations en solo à propos des avanies de la guerre et de la faillite d’une
époque de son compatriote, l’amer Roger Waters. Ni vraiment une rumination sur
la décadence et le chaos, qui serait amusée à la façon de Ray Davies ou
sarcastique à la manière de Luke Haines. Il s’avère tout de même être cet
exercice de style typiquement britannique, auquel se confrontent avec
récurrence tous les songwriters obsédés par l’état insulaire et chaotique de
leur mère patrie. La brune solitaire s’en tire avec brio. Elle approche cet
exercice d’une manière, il est vrai, moins immédiatement lisible, qui lui
ressemble tant : volontiers macabre, plutôt ambivalente, assez secrète,
prompte à faire volte-face entre le hululement et un chant quasi parfait, mais
toujours en contrôle d’elle-même.
Ce n’est pourtant pas sans danger : avec des paroles post-apocalyptiques à la croisée de La Route de Cormac McCarthy, d’un album de death metal des années 80 et du sérieux de Godspeed You! Black Emperor, tout ça pourrait confiner à la pose, voire à la pompe. Mais Let England Shake ne s’embourbe, ni ne boîte en parcourant la lande craquelée. L’ensemble est concis, le rythme souvent trottinant, les motifs renouvelés et différents à chaque chanson : une trompette de cavalerie par-ci (pour battre le rappel des troupes envoyées au Moyen-Orient par Tony Blair ?), des marimbas saugrenus par-là… S’il n’y aura plus rien à gagner ici, comme dirait Diabologum, PJ Harvey réinvestit quand même ce royaume moribond, ou se porte à son chevet avec une empathie circonstanciée : sans plus jamais crier ni malmener une guitare électrique. Aussi concis et svelte que White Chalk (2007), mais beaucoup plus riche, excentrique et surprenant, Let England Shake rappelle avec grandeur que son auteur est de celles qui sont capables de voir du baroque et de la fantaisie là où il n’y a plus que des débris. PJ Harvey fête ainsi ses vingt ans de carrière : elle devrait survivre encore à d’autres apocalypses.
> Écoutez Let England Shake en intégralité.
Ce n’est pourtant pas sans danger : avec des paroles post-apocalyptiques à la croisée de La Route de Cormac McCarthy, d’un album de death metal des années 80 et du sérieux de Godspeed You! Black Emperor, tout ça pourrait confiner à la pose, voire à la pompe. Mais Let England Shake ne s’embourbe, ni ne boîte en parcourant la lande craquelée. L’ensemble est concis, le rythme souvent trottinant, les motifs renouvelés et différents à chaque chanson : une trompette de cavalerie par-ci (pour battre le rappel des troupes envoyées au Moyen-Orient par Tony Blair ?), des marimbas saugrenus par-là… S’il n’y aura plus rien à gagner ici, comme dirait Diabologum, PJ Harvey réinvestit quand même ce royaume moribond, ou se porte à son chevet avec une empathie circonstanciée : sans plus jamais crier ni malmener une guitare électrique. Aussi concis et svelte que White Chalk (2007), mais beaucoup plus riche, excentrique et surprenant, Let England Shake rappelle avec grandeur que son auteur est de celles qui sont capables de voir du baroque et de la fantaisie là où il n’y a plus que des débris. PJ Harvey fête ainsi ses vingt ans de carrière : elle devrait survivre encore à d’autres apocalypses.
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