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Entre austérité et souplesse, le magnifique Leave No Trace (2004) avait révélé Piers Faccini en ombrageux solitaire, promenant son spleen aux frontières du folk et du jazz. Attendu avec impatience, Tearing Sky peine à retrouver ce souffle mystérieux et ennuie un peu plus souvent qu'il n'envoûte. Parfois tout se joue à un détail (la batterie trop appuyée de Window Of The World), parfois on tourne simplement en rond sur des sentiers trop balisés, ces chemins de grande randonnée déjà empruntés par Jeff Buckley ou Ben Harper (The Road's Not Long, Talk To Her, produit comme le reste du disque par JP Plunier, le responsable du son Harper). Surtout, l'inspiration de Piers Faccini vient se heurter à une triviale réalité comptable : Tearing Sky est trop long, lesté par quelques morceaux sans intérêt sans lesquels l'affaire aurait pris une tournure bien différente. Car la magie opère ici régulièrement à un degré supérieur, dans le déploiement serein de mélodies sublimes : fragile Each Wave That Breaks accompagnée d'un harmonium, poignante The Taste Of Tears, sobre et sèche comme le meilleur de Spain. Avec retenue et élégance, Faccini chante comme un vieux sage, d'une voix voilée mais dense, chargée d'expérience et de secrets. Ce chant si particulier et certaines inflexions rythmiques ou instrumentales (la guitare de If I) installent au-dessus de Tearing Sky quelque chose d'un peu mystérieux, qui aurait à voir avec l'Afrique et un lien ancien et viscéral au blues et au gospel. Un sentiment diffus qui s'évapore aux premières longueurs d'un disque inégal mais assez puissant pour créer par endroits de la beauté et de l'émotion durables.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #103


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