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On sait peu de choses de Piers Faccini et du parcours apparemment tortueux et polyvalent qui l'a mené des Beaux-Arts de Paris, en passant par l'underground londonien jusqu'à  l'enregistrement de ce premier album solo du côté d'Amiens. À en croire le portrait chinois composé par ces onze titres, Faccini apparaît comme un héritier direct de Johan Asherton, anglophone par conviction artistique plus que par naissance, fasciné par les brumes mélancoliques du folk britannique. Délicatement ouvragées, arrangées en compagnie de Vincent Segal et Sébastien Martel, ces mélodies surprennent alors d'autant plus qu'elles semblent se situer hors du temps et de l'espace. Faisant fi des contraintes trop terre-à -terre de l'histoire ou de la géographie, les spectres des vieux bluesmen du Delta et de Nick Drake viennent y entrechoquer leurs chaînes et leurs boulets pendant que les chanteurs maliens se risquent à  tisser des liens improbables avec les hippies de Pentangle. Classiques et personnelles à  la fois, ces chansons épurées suggèrent de manière éphémère quelques tourments passés et autant de regrets, sans jamais les figer ni les expliciter, comme pour mieux susciter ce sentiment paradoxal d'intimité et de mystère.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #84
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