Après la création en France, voici quelques années, du Parlement des écrivains, une sorte de refuge autant qu'un atelier pour des auteurs, dont certains peu à l'aise avec les institutions de leur pays, le groupe à géométrie variable de Glen Johnson réinvente le refuge pour songwriters apatrides et inclassables. Ni un All Stars Band ni un super-groupe, Piano Magic construit, avec ce si bien nommé Writers Without Homes, une maison ouverte au milieu de nulle part. On ne sait pas si elle est bleue ou adossée à la colline, mais si la porte est bien ouverte, les invités sont tout de même triés sur le volet. Ainsi, la voix spectrale de Tarwater ou celle, un rien plus romantique, des ténébreux The Czars, ne sont-elles pas là par hasard, même si le décor de ce disque incroyablement riche et hétéroclite semble ouvert aux quatre vents (pratiquement chacune des onze compositions dépeint un autre univers musical). Les vents orageux ou les ambiances dévastées d'après la tempête chères au tourmenté Johnson ont ramené dans leurs bourrasques, élaborées en chansons longues et patientes, des courants avec lesquels on ne naviguait guère plus depuis les années 80. Piano Magic ressuscite une nouvelle fois les fantômes d'une cour médiévale entourant Dead Can Dance, Wim Mertens et tant d'autres. Habité par la nostalgie mais jamais passéiste, Writers Without Homes s'applique tout entier à confronter ces sonorités surgies des limbes à des principes de compositions modernes et passionnés, qui rendaient les disques précédents de Piano Magic aussi denses que scotchants. Cet été, le voyage d'hiver est donc en promo, et ce sera loin d'être une arnaque.