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Here’s To Taking It Easy de Phosphorescent

chronique d'album
La musique de Matthew Houck, alias Phosphorescent, est fiable comme un bon vieux film de boules. Qu’importent les figurants et la réalisation, le scénario ou le décor, la belle semence est répandue et recueillie. En 2007, Pride saignait à blanc le folk en trahissant l’inestimable qualité d’une âme nue, en exhibant la peau d’un homme qui rougissait et tremblait de malheur à la moindre intonation. L’année dernière, un Matthew plus entouré se redressait pour prendre racine avec To Willie, hommage carabiné à l’ancêtre Nelson. Cette fois, comme s’il fallait semer d’entrée les chasseurs de larmes, It’s Hard To Be Humble lance ce cinquième album sur des chapeaux de roues. De marque Stetson, les chapeaux, tant l’emballement “steelé” et cuivré paraît caréné pour rythmer la cadence leste et virile d’un vacher flingueur du Colorado.

Après une introduction scandée avec religiosité, Nothing Was Stolen affirme l’actuelle humeur foisonnante du capitaine Houck, qui laisse désormais s’épanouir gaiement son quintette d’accompagnateurs. Comme si, après être parvenu à ranger le chaos intérieur, le bienheureux avait le loisir d’installer des amitiés neuves sur les rayonnages de son cœur. Les relations baignent alors dans une tranquille harmonie que We’ll Be Here Soon et The Mermaid Parade viennent bercer avec une maestria de country sniper. Pan pan ! Et couic, She & Him est victime de l’adresse idyllique et du rétro démarrage de I Don’t Care If There’s Cursing, grande gigue qui s’alanguit et jouit sous le commandement d’un piano prestement doigté.

Puis l’intime ferveur de Pride se trouve réactualisée à l’orée du nouvel esprit collégial sur Tell Me Baby et surtout Hej, Me I’m Light, une invincible psalmodie qui confine à l’insondable obsession et pointe en quoi Matthew Houck est un interprète unique, possesseur d’une voix qui brûle la peur  et de chansons grandes comme nos craintes. Les neuf minutes terminales et fiévreuses, époumonées et électriques, de Los Angeles flirtent avec un Wilco de chorale et frôlent un climax qui nous laisse à penser qu’au moment où Bill Callahan profite d’un regain de popularité, où Bon Iver séduit à grande échelle, où Midlake divise, l’Amérique aurait tort de bouder l’un de ses plus parfaits passeurs de tradition et d’émotion depuis Will Oldham. Quitte à rabâcher, ça nous foutrait les boules.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #142


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