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Wolfgang Amadeus Phoenix de Phoenix

chronique d'album
On accumule quotidiennement trop de raisons de s’offusquer du manque de succès commercial de nos formations favorites pour ne pas se réjouir sans réserve à l’heure où Phoenix semble goûter enfin à ses fantasmes de gloire internationale, et concrétiser ce rêve américain que l’on pensait inaccessible aux musiciens de chez nous : un buzz qui ne cesse de s’amplifier, des titres en direct à Saturday Night Live (oui, comme U2, Coldplay ou Paul McCartney), voilà qui a de quoi vous doper les ego les plus atrophiés. Pourtant, et malgré ce titre d’album improbable, les quatre Mozart de la pop française ne semblent avoir cédé à aucune des compromissions habituellement nécessaires pour parvenir à la reconnaissance outre-Atlantique. Ni gonflette musicale, ni standardisation des formes : Phoenix boucle donc sa première tétralogie majeure sans rien renier de ses origines ni de ses spécificités.

À bien des égards, Wolfgang Amadeus Phoenix apparaît même comme un retour aux sources de United (2000), après plusieurs tentatives réussies de modulation autour de ce syncrétisme unique entre rock, pop et funk. Après avoir exploré les moindres ressources du travail en studio sur le très (trop ?) produit Alphabetical (2004), puis opté pour une démarche plus spontanée, voire intimiste, pour It’s Never Been Like That (2006), Phoenix s’est recentré, en compagnie du producteur complice Zdar (déjà présent au générique de United…), sur son cœur de métier et ses points forts pour pratiquer une fusion hétéroclite entre toutes les saveurs de la pop, sans souci de distinction entre le bon et le mauvais goût.

Parmi les dix morceaux alignés, huit au moins possèdent le gabarit de tubes potentiels, touchés par cette forme de grâce ondoyante dont le groupe versaillais est parvenu à conquérir le mystérieux secret. Du single Lisztomania, inattendu portrait du compositeur classique en rock star, à l’Armistice final, en passant par 1901 ou Lasso, les éléments qui confèrent aux chansons de Phoenix leur incroyable dynamique sont souvent récurrents : l’alternance entre guitares vintage et synthés glacés ; le phrasé de Thomas Mars, qui n’a jamais aussi bien maîtrisé l’art de faire swinguer les mots et valser leur sens ; et les innombrables ruptures de rythmes et autres breaks (une mention toute particulière doit être accordée au batteur suédois Thomas Hedlund), qui laissent planer un faux air d’accalmie juste avant les refrains, comme pour mieux cueillir à froid l’auditeur et lui décocher l’uppercut final.

Malgré l’utilisation de ces recettes éprouvées, Phoenix parvient, une fois encore, à éviter toute sensation routinière, en introduisant à bon escient quelques compositions plus atypiques comme Fences, grand moment de disco seventies à l’exquise suavité, ou encore Rome, aux accents presque mélancoliques, tout simplement l’une des plus belles mélodies jamais enregistrées par la formation de Thomas Mars. Mais la principale surprise est ici nichée au cœur de l’album sous la forme de Love Like A Sunset, pièce de résistance à dominante instrumentale en deux parties, entre krautrock robotique et psychédélisme solaire.

Composée lors de longues promenades nocturnes et motorisées dans le tunnel qui sépare Versailles de Paris, cette charnière audacieuse apparaît d’autant plus touchante, au moment même où Phoenix atteint l’apogée de son succès, qu’elle se charge des réminiscences de ce passé pas si lointain où les quatre stars en herbe rêvaient encore aux délices inaccessibles de l’agitation parisienne, imaginant ce que pourrait être la vraie vie par-delà l’A13 et le périphérique. À un tel niveau d’excellence, l’heure du requiem n’a pas encore sonnée pour Phoenix. Tant et si bien que, gagné par l’enthousiasme, on ne peut se retenir de lui adresser ce cri d’encouragement que n’aurait pas renié le MC5 : “Kick out the jams, Mozart-fuckers !”.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #132


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