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Going To Where The Tea Trees Are de Peter von Poehl

chronique d'album
Il s'est donc décidé. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, un peu d'attention : Peter Von Poehl se jette aujourd'hui à l'eau. Les habitués de ces pages (et de certaines autres), les accros des notes de pochette (si, si, il en existe encore) se sont déjà familiarisé avec l'orthographe du nom de famille de ce trentenaire d'origine germano-suédoise. Car, depuis quelques années, il est à droite, à gauche, au four et au moulin. On l'aperçoit aux côtés de Michel Houellebecq pour le retrouver au sein d'A.S Dragon première version, afin de soutenir Bertrand Burgalat, lui qui l'a accueilli à bras ouverts à son arrivée dans notre capitale, un beau jour de l'an 1998. En huit ans, pas une journée, semble-t-il, sans que ce musicien esthète et aguerri n'arrange, ne produise ou ne plaque un accord. Toujours juste. Son copain Doriand, Alain Chamfort ou Lio ne diront certainement pas le contraire. Sourire un rien distant, mèche blonde impeccablement peignée et tiré à quatre épingles, le jeune homme semblait se satisfaire de ce rôle de l'ombre.

Il dissimulait surtout bien son jeu. Car il n'a en fait jamais cessé de composer. En cachette, ne laissant dans la confidence que ses amis les plus proches. Timidité aiguë, crainte de se faire rabrouer par quelques glorieux aînés, perfectionnisme exacerbé : on ne sait pas vraiment pour quelles raisons qui paraissent maintenant bien saugrenues , ce gars du Nord, qui partage désormais sa vie entre Berlin et Paris, aura tant attendu avant de passer à l'acte. Si ce n'est, peut-être, par gentillesse, histoire de ne pas décourager trop vite la concurrence. Certes, un simple coup d'oeil jeté à son curriculum vitæ permet de comprendre que Peter Von Poehl n'est pas un débutant. Ce qui n'explique pas pour autant qu'il fasse déjà preuve d'une aisance dont on croyait seuls capables quelques rares (et chers) vétérans. Annoncé il y a quelques mois par la distribution en catimini avant que le bouche à oreille, l'Internet et quelques radios pas encore sourdes ne transforment l'histoire en conte de fée d'un 45 tours porté par la chanson donnant son titre à cet album inaugural et chargée d'ouvrir les hostilités, ce disque tient, au choix, du rêve éveillé ou du fantasme inavoué.

Going To Where The Tea Trees Are est de ces oeuvres que l'on ne cesse de redécouvrir, qui gagne une nouvelle virginité dès qu'on la glisse à nouveau dans le lecteur Cd. Pour finir, alors, par s'immiscer dans notre quotidien. Un quotidien où le romantisme est resté une valeur noble, où les murmures sont encouragés, où la mélancolie a droit de cité. Peter Von Poehl est un type épatant, un magicien de la mélodie et des arrangements. Il conduit l'auditeur où bon lui semble, l'accueille dans un décors a priori familier, comme pour mieux le guider dans son univers singulier. Singulier mais aux multiples facettes, aux multiples paysages. De l'atmosphère pastorale du féerique Tooth Fairy, habillé de quelques pincements de cordes et de choeurs mystérieux, à l'ambiance de fête foraine du renversant A Broken Skeleton Key, chef-d'oeuvre de pop song délurée et exaltée, le garçon esquisse, esquive pour mieux se dévoiler en compositeur subtil et en arrangeur triomphant.

Et il invite à quelque excursions boisées (Travelers), propose de se désaltérer sur la place d'un village bercée par la fanfare locale (Virgin Mountains), se perd dans un dancing brinquebalant (Global Conspiracy), se laisse aller à des confessions sur le bord de la route (The Story Of The Impossible) avant de pointer, en direction du Sud, un horizon où l'aube a fini par poindre (The Bell Tolls Five). À chaque halte, il nous semble croiser un fantôme Nick Drake, peut-être ? À moins que ce ne soit Dennis Wilson ? Ou peut-être s'agit-il de Fred Neil , mais l'on est juste victime de mirages. Puisque Peter Von Poehl, l'auteur de ces douze chansons déjà frappées du sceau de l'atemporalité, est bel et bien de ce monde. Qui lui en sait gré.
CHRISTOPHE BASTERRA
MAGIC RPM  #100


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