Le cas du songwriter américain est souvent curieux. Au pire, le bon bougre a passé au moins un été en Europe, la guitare acoustique en bandoulière, et on l'a souvent croisé place Saint-Michel vagir les chansons de Kurt Cobain. Au mieux, le gars a trouvé une nouvelle manière d'annoncer au monde des choses horribles et pourtant vraies, ce qui donne des types de la trempe de Will Oldham ou de David Berman (Silver Jews). Pete Yorn a pour lui un talent certain, un savoir-faire évident mais surtout une veine de cocu, les frères Farrelly ayant utilisé deux de ses chansons dans Fous D'Irène (Strange Condition et Just Another, ici présentes). D'ailleurs, ce disque est ce qui pouvait arriver de mieux à un fils de dentiste et d'une pianiste/institutrice (on l'imagine pourri gâté, c'est encore plus énervant). Yorn est tombé amoureux des Smiths et de la pop anglaise à un âge où d'autres n'ont qu'une destinée populaire de quarterback au sein de l'équipe de football du lycée au bout de leur court horizon. On imaginait donc un de ces nombreux chanteurs de trop, et l'on avait tort. Pete Yorn vaut mieux qu'il n'en a l'air. Il arrive même régulièrement à nous convaincre, ses chansons dignes des Lemonheads de la grande époque ne la ramenant jamais. C'est déjà beaucoup.