De la vérité
d’une personne, d’un instant, d’un lieu ou d’une musique naît notre
attachement. On se souvient de la première fois où la fêlure apparut chez
quelqu’un qui compte. Du moment où les mots et les regards se firent plus
intenses qu’à l’habitude. De l’endroit qui servit de décor à un irréversible
tournant. D’une courte mélodie qui figea l’espace et changea l’âme d’un iota.
Les chansons de Mike Hadreas sont de cette race salutaire, bien au-delà de
l’agitation médiatique qui en brouille la réception. Un piano en guise d’unique
jalon, un frêle filet de voix qui branle de plus belle en articulant des vers
d’une noire franchise, et l’élégie de Perfume Genius peut débuter. Amplifiez
les chevrotements, déglinguez la mise en son, démantibulez les mélodies, et
vous encaisserez parfois les mêmes sensations intimes qu’à l’écoute de Songs Of Pain (1983) de Daniel Johnston,
ce guerrier modèle de la compassion mise en musique. Learning comme sa version moderne, urbaine et dépoussiérée, où le
ringard inadapté de Virginie-Occidentale est remplacé par un ambigu gamin de
Seattle que l’on croirait, à la vue de certains clichés, évadé du film Tarnation (2004) de Jonathan Caouette.
Mais si, dans le genre tripes dégueulées sur l’ivoire, les références sont
légion (Everything Means Nothing To Me
d’Elliott Smith, au-dessus du torrent salé), on préfèrera étayer la comparaison
la plus objective, et se risquer à une volée de réminiscences subjectives.
Sur Gay Angels, No Problem et Never Did, lorsque le piano se noie dans de denses nappes atmosphériques, blanches et omniscientes, qui varient au gré d’une torpeur désolée, l’influence de Song To The Siren repris par This Mortail Coil frappe. C’est la chanson favorite de Mike Hadreas. Et quand You Won’t Be Here renvoie de façon troublante aux intonations hantées de Jordan Geiger sur No Rest For Ghosts de Minus Story, les sanglots ravalés de Lookout, Lookout en appelle à Jason Lytle et à ses lamentations d’éternel enfant affligé. Puis au loin, à mesure que les notes s’écoulent en mouillant d’émotion un chant qui gagne peu à peu en assurance (le tracklisting respecte l’âge des compositions), se dessine en filigrane le déchirant sentiment de vide laissé par Moitiée (2009) de Frànçois And The Atlas Mountains. Mais faisons fi des marqueurs personnels. Album du mois ou de l’année, espoir 2009 ou découverte 2010, futur talisman gay ou manipulateur futé des codes, on s’en fout aussi. L’essentiel est à l’intérieur. Parce qu’elle murmure ses troubles avec une juste retenue, Learning est une œuvre criante de vérité. Parce qu’il se dénude, non pour choquer ou apitoyer, mais pour dégorger les tourments et tenter le salut, son auteur ébranle. Alors on se fige. On change d’un rien. Et on s’attache.
Sur Gay Angels, No Problem et Never Did, lorsque le piano se noie dans de denses nappes atmosphériques, blanches et omniscientes, qui varient au gré d’une torpeur désolée, l’influence de Song To The Siren repris par This Mortail Coil frappe. C’est la chanson favorite de Mike Hadreas. Et quand You Won’t Be Here renvoie de façon troublante aux intonations hantées de Jordan Geiger sur No Rest For Ghosts de Minus Story, les sanglots ravalés de Lookout, Lookout en appelle à Jason Lytle et à ses lamentations d’éternel enfant affligé. Puis au loin, à mesure que les notes s’écoulent en mouillant d’émotion un chant qui gagne peu à peu en assurance (le tracklisting respecte l’âge des compositions), se dessine en filigrane le déchirant sentiment de vide laissé par Moitiée (2009) de Frànçois And The Atlas Mountains. Mais faisons fi des marqueurs personnels. Album du mois ou de l’année, espoir 2009 ou découverte 2010, futur talisman gay ou manipulateur futé des codes, on s’en fout aussi. L’essentiel est à l’intérieur. Parce qu’elle murmure ses troubles avec une juste retenue, Learning est une œuvre criante de vérité. Parce qu’il se dénude, non pour choquer ou apitoyer, mais pour dégorger les tourments et tenter le salut, son auteur ébranle. Alors on se fige. On change d’un rien. Et on s’attache.
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la beauté à l'état pur, fragile et sensible. On attend la suite avec impatience.