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Qu’est-ce qui fait courir Pelle Carlberg ? La recherche du temps perdu, peut-être. The Lilac Time est un album partagé entre souvenirs plus ou moins douloureux et sarcasmes salutaires. Illustré par une pochette surgie de seventies Scandinaves utopiques, The Lilac Time renvoie au temps du lilas disparu, à une ligne de Nick Drake et au groupe de l’ex-Duran Duran Stephen Duffy.

Toujours enclin à citer ses sources, Pelle ouvre le bal avec 1983 (Pelle & Sebastian), chanson éclairée sur les durs apprentissages de l’adolescence et titre facile pour conjurer son image de Stuart Murdoch bis. Raté : nous voici replongés dans cette mélancolie mélodieuse et rayonnante qui irriguait la première trilogie des Écossais. En livrant de petites anxiétés, comme la peur de vieillir (51,3, son âge mental d’après un test stupide mais pop song dopée à l’orangeade), ou la crainte de retrouvailles avec des amis d’enfance (Nicknames, sorte d’inédit d’Aberfledy et duo enchanteur avec Karolina Komstedt, chanteuse de Club 8), Carlberg touche à l’universalité.

Guitares, cor, Wurlitzer ou Melodica forment ces pièces fragiles rehaussées de handclaps et autres sifflotements, et chantées d’une voix aussi douce que chevrotante, à la limite de la brisure. Cette mise en forme classique ne manque pas de sel lorsque l’ex-Edson libère une hargne planquée derrière un sourire poli. Sont ainsi contés, avec classe et grâce, son dégoût des amoureux des animaux (Animal Lovers), ou un récit de vacances gâchées par une panne automobile (Metal To Metal, tube certifié). Trempé dans l’ironie, Stockholm Vs Paris est ébloui par la Ville Lumière (“Dog shit on Paris is special / And dog shit in Stockholm is shit”).

Le coup de gueule futile est à son apogée sur Fly Me To The Moon, à mille pieds de Franck Sinatra mais tout aussi orchestrée, et dézinguage en règle de Ryan Air ! Enfin, le disque offre quelques chansons à télécharger, dont une reprise fluide de Stina Nordenstam (Soon After Christmas), un jeu de mots éculé (Pelle Carlsberg), et The Last Song I Will Ever Record, qui évoque le désir de mettre fin à sa carrière, faute de succès. Voilà qui serait pour un homme de sa tenue, la blague de trop.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #124


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