Depuis
deux ans, Pelle Carlberg poursuit son petit bonhomme de chemin. Ancienne tête
pensante d’Edson, formation mineure mais attachante, c’est en solo que ce
trentenaire a pris son envol. In A Nutshell, son deuxième Lp, ne rompt
pas totalement avec son passé, puisqu’on y retrouve Helena Söderman (ex-Edson
devenue son épouse) et surtout une souriante élégie. Appliqué à la confection
de petites pièces et soucieux du détail, le Suédois a tout joué, enregistré et
produit, aidé discrètement par la dite Helena et le batteur Henrik Nilsson.
Mélodies imparables, accords enjôleurs et handclaps à tous les étages,
ces morceaux ravivent une indie pop 80’s qui se rêvait 60’s. Vieillot ?
Intemporel. Pelle Carlberg a le sens de l’Histoire, ne prétend rien inventer,
et affiche ses références : Belle And Sebastian aurait ainsi pu signer The
Clever Girls Like Clever Boys Much More Than Clever Boys Like Clever Girls et
saluer un sens inné de la formule. Carlberg joue avec l’inconscient collectif
pop et cite dans le texte Stevie Wonder, David Bowie, The Cure ou Ace Of Base
dans I Just Called To Say I Love You, chanson à mille lieues desdits
artistes. Une mélancolie douce-amère irrigue des compositions qui évoquent le
modèle social-démocrate suédois (Middle Class Kid), ses idoles déchues (I
Touched You At The Soundcheck, hommage narquois à Mike Joyce) ou encore sa
position précaire de chanteur (Crying All The Way To The Pawnshop). En
trois petits quarts d’heure, ce père de quatre enfants réalise un joli tour de
la crise de la trentaine : ce qu’on laisse derrière soi, ce qu’on choisit
d’emporter, et ce qu’on transmet. Un rôle de passeur que le chanteur joue à
merveille en invitant la charmante Ida Maria Sivertsen pour l’irrésistible I
Love You, You Imbecile. Facétieux, Pelle Carlberg cache la fameuse Hit
Song exigée par son label au fin fond du Cd. Ce doux rêveur vient de nous
en chanter onze sans même s’en apercevoir.