En kiosque actuellement Commander

Entrevue - 15/01/95 de Pavement

interviews
Comme beaucoup d’autres, Pavement a succombé aux sirènes trébuchantes d’une reformation opportune et d’une tournée lucrative. Quinze ans plus tôt, à la sortie du mémorable Wowee Zowee (1995), Stephen Malkmus parlait de Memphis, du Far-West, de Billy Corgan, de MTV et de The Fall qui, comme Pavement, fait toujours la une de l’actualité en 2010… [Interview Marta Caro & José Malsonando – Traduction Christophe Basterra & Philippe Jugé].


Quel regard portes-tu sur l’aventure Pavement depuis le premier Ep, Slay Tracks: 1933-1969, paru en 1989 ?
Parfois, j’ai l’impression de ne plus m’amuser. Parfois aussi, je pense que j’ai passé les meilleurs moments lorsque tout semblait si difficile, alors que je n’avais pas un sou en poche et que je ne savais pas de quoi allait être fait le lendemain. Aujourd’hui, tout est devenu plus… prévisible. Je n’aime trop le long terme. Pas plus que le moyen, d’ailleurs.

Est-ce ce constat légèrement désabusé qui explique que Wowee Zowee! semble plus tranquille, voire plus triste ?
Non, je ne crois pas… Mon état d’esprit n’y est pour rien. Il n’y a pas de raison particulière. Cela doit venir du fait que nous ayons enregistré ce disque à Memphis. C’est une petite ville au climat humide. L’atmosphère est très lourde. La nourriture aussi, d’ailleurs… (Sourire.) Tant et si bien que tu deviens quelque peu amorphe.

Ce troisième Lp est plus pop que Slanted And Enchanted (1992) et Crooked Rain Crooked Rain (1993). On a l’impression que vous avez délaissé l’approche expérimentale qui caractérisait vos disques précédents.
Je ne trouve pas cet album si pop, ni que nous ayons changé. Cela dit, il est vrai que l’on tend à composer des morceaux plus faciles à mettre en place en concert. Mais notre style n’a pas vraiment évolué. En tout cas, nous avons gardé la même approche de l’enregistrement : nous ne savons jamais ce que va pouvoir donner une chanson avant d’en terminer les prises. Je ne sais jamais comment je vais chanter. C’est notre manière d’expérimenter, chaque morceau est un nouveau défi.

Pourquoi être revenu à des textes plus obscurs ?
Je ne sais pas. J’avais pourtant fait un effort sur Crooked Rain Crooked Rain. Pour ce nouvel album, j’en suis moins sûr… (Sourire.) Les paroles sont sans doute moins acides mais, généralement, mes amis ne les trouvent pas très claires. De toute façon, je n’ai pas à me justifier. J’ai grandi et je n’ai pas la même vision des choses, ni les mêmes habitudes. Tu vois, je suis encore plus paresseux qu’il y a cinq ans, j’ai de plus en plus de mal à me lever le matin.

À CONTRE-PIED
Quelle est la signification exacte de Wowee Zowee! ?
C’est assez compliqué à expliquer… En anglais, lorsque tu es réellement enthousiaste, tu emploies souvent l’interjection “wow”. Et, après avoir fumé quelques pétards, si tu regardes un programme télévisé qui te fait halluciner, tu peux te laisser aller en criant : “Woowee zowee”… Bon, maintenant, il ne s’agit pas de mal interpréter ce titre : cela ne signifie absolument pas qu’il vaut mieux fumer pour écouter notre disque. Non, je crois simplement que nos chansons peuvent provoquer l’enthousiasme. (Sourire.) Alors, voilà, tu écoutes l’album et tu es tellement admiratif que tu laisses échapper ces deux mots : “Wowee Zowee!” (Rires.)

Le choix de Rattled By The Rush en premier single paraît assez étonnant.
Parce qu’il dévoile une autre facette musicale du groupe. Il a une approche plus… rock’n’roll, tout en gardant un côté très Pavement. En singles extraits de Crooked Rain Crooked Rain, nous avions déjà publié un titre plus teinté country, Range Life, ou une chanson typique de Pavement, Cut Your Hair. Cette fois, il nous a semblé amusant de prendre le public à contre-pied…

De quoi peut bien parler l’antépénultième plage, Pueblo ?
Oh… C’est une histoire très triste. Elle se déroule au Texas, à l’époque du Far-West. Un homme va être pendu parce qu’il sort avec la fille du shérif et que celui-ci n’approuve pas cette relation. Bien sûr, tout le monde s’est pressé pour assister à cette pendaison. Le pauvre bougre pense qu’il va être sauvé parce qu’il sent quelqu’un derrière lui : il pense que cette personne va lui détacher les mains. En réalité, c’est la fille du shérif qui est venue lui remettre une petite croix. Et, bien sûr, il meurt.

Tu en as d’autres comme celle-là ?
Il y a cette histoire où je parle d’un médecin très riche qui vit en Arizona. Tout ce qui l’intéresse, c’est arnaquer ses clients pour pouvoir organiser des orgies pornographiques. Bon, d’accord, l’histoire est complètement imaginaire… Enfin, j’espère. En revanche, Best Friends Arm ne parle pas de grand-chose. (Rires.) En studio, lors de la première prise, je voulais juste voir ce qu’allait donner la mélodie de chant, mais je n’avais pas encore de texte bien précis. Comme le résultat nous plaisait, on a décidé de ne plus y toucher. Tu vois, il n’y a pas de recette.

Suis-tu la carrière solo de votre ancien batteur, Gary Young ?
Oui, j’essaie. J’aime bien sa musique, elle est un peu étrange. Bon, il est possible que je l’apprécie surtout parce que je connais le bonhomme… (Sourire.)

Vous êtes déjà tombés sur The Smashing Pumpkins ou Stone Temple Pilots depuis la sortie de Range Life ?
Non… (Rires.) En fait, si. Un jour, j’ai croisé Billy Corgan dans un bar. Je me suis approché avec mon air méchant : “Va te faire foutre, minable, je vais t’écrabouiller”. Mais j’ai eu un peu pitié quand il s’est mis à pleurer : “Aïe, aïe, je suis un être faible et sans défense”. Puis il s’est enfui en courant. Certes, ce n’est qu’un rêve que je fais de temps à autre, mais je le trouve plutôt agréable. Ce type me sort vraiment par les narines…

MAGIC RPM  #2
article extrait de :
MAGIC RPM #2 Commander ce numéro


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser