Dix ans après
sa séparation, consécutive à la parution du seul album raté de sa discographie
– Terror Twilight (1999) fera-t-il
comme ses prédécesseurs l’objet d’une réédition ? –, Pavement reprend
aujourd’hui du service sur scène et publie dans la foulée la première vraie
compilation de son histoire. Disputant à Sonic Youth son titre de groupe le
plus arty de la planète, Stephen Malkmus et associés témoignent à nouveau de
leur amour pour le graphisme avec Quarantine The Past, dont la pochette justifie à elle seule l’achat de cette copieuse
rétrospective de vingt-trois titres remasterisés. Où il est évidemment beaucoup
question de guitares saturées (mais pas trop), de mélodies faussement négligées
et de chant décomplexé…
Plus accessible que The Fall ou Sonic Youth, plus mélodique que Television et bien plus excitant que R.E.M., le groupe américain continue, vingt ans après ses débuts, d’alimenter les fantasmes musicaux les plus fous. Car au-delà de son aptitude à composer des pop songs mémorables (Stereo, Embassy Row, Shady Lane ou Cut Your Hair et ses chœurs idiots), le groupe a toujours su prendre ses distances avec les règles étriquées du grunge alors en vogue, au point de confier à un piano la direction de Heaven Is A Truck et à une pedal-steel celle de la sublime ballade Range Life. Bien moins improvisés qu’une écoute hâtive pourrait le laisser supposer, certains enchevêtrements de guitares du sosie de Kyle MacLachlan et de Scott Kannberg (dit Spiral Stairs) n’évoquent-ils pas les plus grandes heures des Feelies (Unfair, Date w/Ikea, Box Elder) ? Et si l’évidence mélodique de Here dépareillait quelque peu sur le bruyant Slanted & Enchanted(1989), sa présence ici rappelle à point nommé que tout le potentiel accrocheur de Pavement développé sur les mémorables Wowee Zowee (1995) et Brighten The Corners(1997) était déjà présent à ses débuts.
Pratiquant allitérations, ellipses et non sens à longueur de chansons (The sun’s not yellow, it’s chicken”), Stephen Malkmus est au fil des albums parvenu à hisser son joyeux bordel textuel – l’amitié qui le lie à David Berman de Silver Jews ne doit rien au hasard – à la hauteur de ceux de Mark E. Smith, Beck ou Michael Stipe, la sonorité et la poésie des mots prévalant ici sur l’envie de donner sa propre vision du monde : grand amateur du groupe devant l’éternel, l’écrivain Bret Easton Ellis partage avec lui ce goût pour le brouillage des pistes systématique… Toutefois, s’il convient de souligner la pertinence du choix et de l’ordre des titres – entre Stereo et Two States, In The Mouth A Desert prend des couleurs inédites –, on reste surtout ébahi par l’exceptionnelle cohérence de Quarantine The Past, aucun inédit poussif ne venant déséquilibrer l’ensemble.
De chansons phares (Gold Soundz, Spit On A Stranger, Grounded) en vraies redécouvertes (Shoot The Singer, Debris Slide, Mellow Jazz Docent), ce best of retrace en effet l’étonnant parcours d’un groupe sans look ni charisme qui, par son seul style inimitable – le flou artistique qui entoure ses plus belles compositions demeure à ce jour insondable –, est parvenu à rendre son œuvre indissociable de son époque. Et si l’on regrette ici l’absence de Father To A Sister Of Thought et Grave Architecture (les deux pièces maîtresses de Wowee Zowee), c’est pour mieux célébrer le retour aux affaires du grand Stephen Malkmus, trop longtemps égaré dans le dédale d’une carrière solo rarement à la hauteur de son talent.
Plus accessible que The Fall ou Sonic Youth, plus mélodique que Television et bien plus excitant que R.E.M., le groupe américain continue, vingt ans après ses débuts, d’alimenter les fantasmes musicaux les plus fous. Car au-delà de son aptitude à composer des pop songs mémorables (Stereo, Embassy Row, Shady Lane ou Cut Your Hair et ses chœurs idiots), le groupe a toujours su prendre ses distances avec les règles étriquées du grunge alors en vogue, au point de confier à un piano la direction de Heaven Is A Truck et à une pedal-steel celle de la sublime ballade Range Life. Bien moins improvisés qu’une écoute hâtive pourrait le laisser supposer, certains enchevêtrements de guitares du sosie de Kyle MacLachlan et de Scott Kannberg (dit Spiral Stairs) n’évoquent-ils pas les plus grandes heures des Feelies (Unfair, Date w/Ikea, Box Elder) ? Et si l’évidence mélodique de Here dépareillait quelque peu sur le bruyant Slanted & Enchanted(1989), sa présence ici rappelle à point nommé que tout le potentiel accrocheur de Pavement développé sur les mémorables Wowee Zowee (1995) et Brighten The Corners(1997) était déjà présent à ses débuts.
Pratiquant allitérations, ellipses et non sens à longueur de chansons (The sun’s not yellow, it’s chicken”), Stephen Malkmus est au fil des albums parvenu à hisser son joyeux bordel textuel – l’amitié qui le lie à David Berman de Silver Jews ne doit rien au hasard – à la hauteur de ceux de Mark E. Smith, Beck ou Michael Stipe, la sonorité et la poésie des mots prévalant ici sur l’envie de donner sa propre vision du monde : grand amateur du groupe devant l’éternel, l’écrivain Bret Easton Ellis partage avec lui ce goût pour le brouillage des pistes systématique… Toutefois, s’il convient de souligner la pertinence du choix et de l’ordre des titres – entre Stereo et Two States, In The Mouth A Desert prend des couleurs inédites –, on reste surtout ébahi par l’exceptionnelle cohérence de Quarantine The Past, aucun inédit poussif ne venant déséquilibrer l’ensemble.
De chansons phares (Gold Soundz, Spit On A Stranger, Grounded) en vraies redécouvertes (Shoot The Singer, Debris Slide, Mellow Jazz Docent), ce best of retrace en effet l’étonnant parcours d’un groupe sans look ni charisme qui, par son seul style inimitable – le flou artistique qui entoure ses plus belles compositions demeure à ce jour insondable –, est parvenu à rendre son œuvre indissociable de son époque. Et si l’on regrette ici l’absence de Father To A Sister Of Thought et Grave Architecture (les deux pièces maîtresses de Wowee Zowee), c’est pour mieux célébrer le retour aux affaires du grand Stephen Malkmus, trop longtemps égaré dans le dédale d’une carrière solo rarement à la hauteur de son talent.
2 réactions réagir
Ah ah, merci du tuyau !
Suivre pas par pas la tournée de pavement :
http://home.comcast.net/~kguideau/pavement2010/index.html
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