En Angleterre, Paul Weller est une star. Vingt ans que l'homme séduit le public britannique. Ailleurs les Japonais exceptés , personne ne lui prête attention. A part une poignée d'irréductibles qui pensent depuis toujours que Weller symbolise la quintessence du Modernisme : look parfait, coupe de cheveux étudiée, Lambretta de rigueur. Le problème, c'est que tout le monde Mr Weller en premier a oublié le sens premier du terme. N'en déplaisent à certains, Weller n'aura vraiment été un moderniste qu'avec The Style Council, lorsqu'ils enregistraient des disques qui devaient autant au Modern Jazz Quartet qu'à Debussy. Il a failli l'être également avec Wild Wood, superbe album dévoué à l'acoustique où il se réinventait et laissait ses chansons pour des remixes grandioses signés Brendan Lynch ou Portishead... On croyait alors qu'il tenterait de coupler l'esprit Mo'Wax avec celui des Small Faces. Il n'en fut rien. Stanley Road le dévoilait frileux et bavard d'interminables soli de guitare , et le servait juste à être reconnu de facto comme le père spirituel des Oasis, Cast et autres Ocean Colour Scene. Forcément, on attendait donc ce Heavy Soul avec circonspection. La pochette, décalque du meilleur disque des Small Faces, Ogden's Nuttflakes, laissait entendre qu'il était bien décidé à persister. Pourtant, l'appréhension s'estompera quelque peu à l'écoute d'un disque qui alterne le meilleur et le pire... Le pire ? Un rythm 'n' blues calibré où la guitare devient vite éreintante. Le meilleur ? Un retour à l'acoustique, un tempo plus soyeux, une voix posée. Bien évidemment, les avis des critiques ne changeront rien : certifié triple disque de platine en Grande-Bretagne, vanté par tous les pro-welleriens, Heavy Soul ne parviendra pas à conquérir un nouveau public. Mais ça, Weller s'en moque comme de sa dernière paire de Clarks.