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Young Prayer
archive mag décembre 2004
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Enregistré dans sa chambre d'enfant quelques jours après le décès de son père, le premier album de Panda Bear n'est pas à poser entre toutes les mains. Contant la folie ordinaire, cette courte prière rappelle l'abandon que John Frusciante donnait jadis à entendre sur Niandra Lades & Usually Just A Tee-Shirt, la drogue ayant les mêmes effets sur ce dernier que le chagrin sur Panda Bear. Une guitare acoustique, quelques percussions, un piano malingre et cette voix de Robert Wyatt anorexique expulsent littéralement sur la bande les prémices d'un deuil qui s'annonce douloureux. À mesure que l'on progresse dans le disque, le chant oublie lentement le peu de mots qui lui servaient de lien avec la réalité pour finir en longs mantras aériens, psalmodiés comme en état de transe dans une langue proche du sanskrit. On ne connaît guère que Six Organs Of Admittance et quelques musiciens indiens pour pratiquer pareil bouleversement des sens. Bien plus qu'un gardefou de la folie, cette improvisation mystique semble être l'unique moyen qu'ait trouvé Panda Bear, ce membre hyperactif d'Animal Collective, pour supporter sa dure réalité. Chanter pour évacuer, chanter pour se souvenir. Une seule écoute des neufs titres de Young Prayer suffit pour s'éprendre de ce témoignage impudique mais jamais indécent, qui place l'auditeur en voyeur auditif décontenancé. Panda Bear devient alors cet ami qu'on ne peut qu'écouter se débattre entre les quatre murs où tout a commencé... Après ça, les autres disques semblent bien artificiels.
Renaud Paulik
article extrait de :
MAGIC RPM #86
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