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Entrevue - 27/04/11 de Panda Bear

interviews
L'acoustique en deuil de Young Prayer en 2004. Le sampling aveuglant de Person Pitch en 2007. La pop inexplicable de Tomboy en 2011. Sans même évoquer son implication primordiale au sein d'Animal Collective, en trois albums solo décisifs, Panda Bear s'est imposé comme l'un des seuls génies novateurs de notre temps. Habitué à fuir du regard pour squeezer le contact, l'inventeur de formes est forcé de s'ouvrir lorsque l'on part à sa rencontre dans sa tanière, à Baltimore. Entendez-le réciter innocemment son poème de la création. [Article et interview Jean-François Le Puil].



Des capacités qui lui permettent de remorquer jusqu'à 3 810 kilos, moteur V8 Vortec de 5,3l, transmission à variation continue, boîte 6 vitesses à deux surmultipliées, 5 portes et 8 places assises : le Chevrolet Tahoe Hybride est un carrosse mécanique de puissante volée. Autant dire que l'on se sent penaud lorsque Noah Lennox, alias Panda Bear, déboule dans l'allée de notre hôtel au volant de son engin (celui de sa tante new-yorkaise, en réalité) afin de nous conduire dans Baltimore pour un brin de causette. 8h30 dans le quartier de Pimlico, un samedi matin de mars, le Japon explore ses ruines depuis la veille et les rues de la cité américaine tremblent en silence avant de se faire aplatir par le harcèlement incessant des bagnoles mammouths. Noah n'en revient pas que l'on ait fait tout ce chemin pour venir à sa rencontre. “Ça te dérange pas si je laisse l'autoradio sur ESPN ?”, demande le sportif contrarié avec la coolitude affable dont il fait preuve à notre égard depuis son initial “Hey, what's up man?”, lancé depuis la portière. Le timide de peu de mots qu'il est, loin de ses bases, desserre généreusement le frein à contact en tout petit comité, lancé en vadrouille dans son fief natal. Une terre de famille avec laquelle Noah renoue depuis le mois de janvier, lui, l'exilé lisbonnais depuis sept ans. “C'est une situation très curieuse”, avoue-t-il au volant. “Ma femme Fernanda, ma fille de cinq ans, et notre petit garçon de huit mois m'ont accompagné. Nous vivons tous chez ma mère. Tu imagines, je retourne dans la bourgade de mon enfance, je vis avec ma maman, et je me rends tous les jours à l'école où j'allais quand j'avais cinq ans puisque, le temps de notre séjour, la directrice a accepté d'accueillir Nadja”. Le drastique retour aux sources a été provoqué par Noah et ses trois partenaires au sein d'Animal Collective : Dave “Avey Tare” Portner, Josh “Deakin” Dibb, et Brian “Geologist” Weitz. Depuis début janvier et pendant trois mois, dans un lieu aménagé pour l'occasion, le quatuor retrouvé – Deakin s'était éloigné depuis trois ans – travaille d'arrache-pied sur de nouvelles chansons qu'il présentera lors de ses spectacles préestivaux. Si les amis, par esprit de surprise, se sont mis d'accords pour ne pas commenter le résultat de ses sessions étreintes par les bras tendres de la nostalgie, Panda Bear distille des indices. “Je recommence à jouer de la batterie”, annonce celui qui avait délaissé son instrument de prédilection pour se courber sur des machines. “J'en joue assis, même, et j'ai hâte de suer à nouveau pendant les concerts. L'énergie des nouveaux morceaux est totalement différente de ce que nous avons fait dernièrement, il y a un peu d'électronique, mais… je ne peux pas en dire plus, arrête de me cuisinier là-dessus ! (Rires.)

Laissons donc Animal Collective sur le bord de la route et avançons à travers le Baltimore de Panda Bear, qui n'est “pas exactement” celui dépeint au scalpel par les caméras fouille-merde de l'inattaquable série télévisée The Wire. À droite, l'hippodrome de Pimlico, là où se déroule chaque année une course hippique baptisée The Preakness, soit le titre de l'inédit récemment offert par Noah au marchand de chaussures écolo Keep. Peu à peu, par l'entrelacs d’allées XL et impersonnelles, on se rapproche de Roland Park, quartier de Baltimore réservés aux “familles blanches friquées”, là où l'artiste trentenaire a grandi. “Je n'ai rien contre les familles blanches friquées, hein, mais je préfère quand il y a une mixité sociale comme à Lisbonne”, précise-t-il en approchant de la maison où il a passé sa prime enfance, située à deux rues de celle de Josh Dibb. “Regarde, le panier de basket est toujours là ! Je m'en suis pris des branlées contre mon grand frère ici… (Rires.)” Silence absolu. La réverbération est infinie et naturelle, des grains de lumières chamarrées se reflètent sur les murs par la grâce de vitraux constellés, la profondeur est monumentale : nous voilà en train de déambuler avec Noah Lennox au sein de la Cathedral of Mary Our Queen, “lieu iconique” de son enfance. Pas tant pour la dévotion bigote du musicien, même s'il étudia “sans trop savoir pourquoi” la théologie à la fac de Boston, simplement par la stature de l'édifice catholique romain et la résonance de son bourdon. “On peut l'entendre à des kilomètres à la ronde, c'est très envahissant, comme un sample universel que l'on reproduirait douze fois dans la journée. J'adorais traîner alentour, et puis je me suis pris pas mal de cuites dans le coin. (Rires.)” À la sortie, même si le froid monte au créneau, obligeant l'éternel mignon à plier sous les frissons, les marches du parterre sacré figurent le lieu idéal pour une entrevue symétrique dont le principe plaît à cet amoureux des équilibres. Neuf papiers répartis en trois chapitres, plus trois autres au cas où le temps joue en notre faveur. Sur chacun d'eux est inscrit le nom d'une personne (ou simili) afin de former un éventail de portraits tendant à prouver que, malgré son caractère renfrogné, Panda Bear est une espèce protégée, heureuse d'aimanter les âmes douées, assez légère pour vaquer vers de nouveaux horizons. À l'hôte de s'épancher en découvrant les identités.

Panda Bear - Surfer's Hymn

MAGIC RPM  #151


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