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Les portraits de l'année - 21/12/10 de Owen Pallett

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Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur 2010, le détail restant à découvrir dans notre Hors-série 365 Chroniques actuellement en kiosque. Là où vous trouverez les portraits de nos dix personnalités de l'année, d'Arnaud Fleurent-Didier à Peter Milton Walsh en passant par Jamie Harley, Alex Chilton ou... Owen Pallett ! Voici le profil nourri de l'arrangeur et compositeur virtuose. [Article Catherine Guesde].

Entre 2005 et 2010, Owen Pallett aurait souvent pu être la personnalité l'année. Entre ses albums orchestraux sous l’alias Final Fantasy qui réconciliaient les arrangements classiques avec les textures synthétiques, les coups de main qu'il filait en permanence au gratin de l'indie pop (arrangements classieux composés pour Beirut, The Last Shadow Puppets ou encore Arcade Fire, excusez du peu), ses bandes originales (The Box, 2009) et son prix Polaris (2005) gracieusement redistribué à des artistes sans le sou, le Canadien apparaît depuis plusieurs années comme le petit prodige exaspérant, du genre à faire pâlir de jalousie le premier de la classe le plus appliqué. Alors, pourquoi attendre 2010 pour rendre au génie discret un hommage tout mérité ? Au début de l'année, quelques jours avant la sortie de son troisième LP, Heartland, l'éternel adolescent entre dans l'âge adulte, faisant tomber son masque boutonneux de Final Fantasy pour “distinguer définitivement [sa] musique des jeux vidéos conçus par Square Enix”. Final Fantasy n'est plus, mais vive Owen Pallett. Et ce petit génie deviendra grand, comme le confirme le magistral Heartland : un album-concept à l'unité organique, tant sur le plan du récit que des orchestrations denses (qui auront requis la participation de l'Orchestre symphonique de Prague tout entier) mais aériennes.

Reprenant la tradition littéraire post-moderne, Pallett se représente comme le Dieu du terroir Heartland, confronté à la révolte d'une de ses créatures, qui supporte mal sa subordination au Créateur. Mais là où l'on côtoie aussi bien Descartes que Paul Auster dans une mise en abyme vertigineuse, Heartland flatte tout autant l'oreille que l'esprit : “Je ne souhaitais pas faire de ce disque une énigme que les gens doivent décrypter pour l'apprécier. Mais en même temps, j'avais envie d'une certaine complexité, qui puisse donner du fil à retordre à l'auditeur attentif”. Exigeant mais humble, génial et discret : c'est également ainsi que se présente le stakhanoviste lorsque, dans l'ombre, il confectionne une partie des arrangements du disque le plus attendu de l'année, The Suburbs. Loin du tapage médiatique et du frétillement quotidien du ouaibe, Owen Pallett a une fois de plus conféré une précision et une poésie rares aux orchestrations de ses compatriotes d'Arcade Fire, qui lui en savent manifestement gré : “Il est très doué pour sentir ce dont une chanson a besoin. Il cherche toujours à composer ce qui fera honneur à nos morceaux, plutôt que d'imposer ses propres lubies”.

Mais avoir pris part à l'un des plus grand succès de l'année n'est manifestement qu'un détail pour l’intéressé, qui, pour le prouver, s'empresse de sortir un EP au titre en forme d'hommage à Roy Andersson, A Swedish Love Story, une sorte de contrepoint minimaliste à Heartland, qui montre que Owen a plus d'une corde à son violon. S'effaçant tantôt derrière les compositions de ses confrères, Pallett, sorte de couteau suisse de l'indie pop – compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste – frappe par son génie discret lorsqu'il expose ses propres œuvres au grand jour. 2010 l'aura montré : la fantaisie n'est pas prête de finir.
Catherine Guesde


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