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Contraint par voies légales à cesser de se cacher derrière un nom de groupe tout pourri qui est aussi celui d’un jeu vidéo (Final Fantasy, quand même, ça sent le Biactol), Owen Pallett sort du bois armé de son seul patronyme, avec sous le bras son album le plus abouti et ambitieux. Une réussite majeure qui doit autant à l’excellence des compositions qu’à la haute tenue des arrangements, mélange étourdissant de percussions (organiques et synthétiques), cordes et cuivres. Par sa modernité à la fois exubérante et rigoureuse, Heartland devrait faire date. Il y a là une façon très particulière d’utiliser les instruments classiques, qui renvoie notamment aux moments les plus aventureux du chef-d’œuvre de XTC Apple Venus Volume 1 (1999), et ne relève pas du simple habillage ou de l’accompagnement plan-plan d’une mélodie, si brillante soit-elle, mais de la construction patiente et ambitieuse d’une orchestration tenant  debout toute seul.

On pourrait probablement shunter la voix d’Owen Pallett, les morceaux resteraient de remarquables pièces à mi-chemin entre pop et musique contemporaine orchestrale. Bon, ce serait tout de même dommage de se passer de son chant, qui trouve un équilibre parfait entre puissance et finesse, introversion et émancipation, et porte surtout des mélodies somptueuses. Souvent basé sur des motifs rythmiques répétitifs, le jeune homme construit des petites cathédrales pop, merveilles architecturales où les volumes changent constamment, telle passage plus étroit débouchant sur des voûtes hautes et larges (les envolées orchestrales tendues de Midnight Directives ou Keep The Dog Quiet, la fin de Red Sun N°5, qui donne un sentiment de plénitude incroyable).

Souvent, Owen Pallett conçoit ses chansons comme des petits tourbillons qui amassent des instruments sur leur passage pour prendre une ampleur qui ne va jamais jusqu’à l’emphase (sublime The Great Elsewhere, qui s’apaise sous les violoncelles, mémorables Lewis Takes Action ou Oh Heartland, Up Yours!). Tous les morceaux sont portés par des mélodies fantastiques et éblouissantes, qui devraient assommer la concurrence dans ce registre pendant un bon moment. Ou la stimuler, pour les plus doués et courageux (Neil Hannon, si tu nous lis). Owen Pallett conclut son disque par une chanson plus minimaliste et personnelle, au titre en forme de question : What Do You Think Will Happen Next? La gloire, mon jeune ami, la gloire.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #138


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