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Interview - 21/04 de Original Folks

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Espoir annuel depuis 2006, Original Folks aura fait patienter ses thuriféraires. Avec l’arrivée des beaux jours, la formation alsacienne du brillant Jacques Speyser publie enfin son premier album, Common Use. Un bréviaire pop déclaré d’utilité publique et porté par des mélodies en or. Article et interview Franck Vergeade.

Original Folks. Du folk, donc, au sens pop(ulaire) du terme proposé par ce groupe à géométrie variable et piloté, depuis l’hiver 2005, par Jacques Speyser. Ce musicien et chanteur à la voix chaude, connu depuis près de quinze ans sous divers et fameux alias (The Non Stop Kazoo Organization, Grand Hotel), court désormais après un certain âge d’or (Golden Age, bien nommé sixième titre de l’album). La pop music chevillée au corps, cette formation alsacienne s’est désormais établie autour d’un solide quintette, après avoir “commencé avec des mauvais instruments et expérimenté plusieurs musiciens”, de l’aveu même de son leader modeste, qui goûte désormais aux joies du jeu collectif après tant d’années à œuvrer brillamment en solitaire (ou presque). “J’ai davantage appris humainement que musicalement”, nous confiait-il déjà en 2002, à la sortie du Phare Ouest de Grand Hotel, un formidable Ep qui étoffa le grand chapitre des disques passés aux oubliettes de l’histoire. Depuis, l’homme a entrepris une nouvelle aventure, cimentée par des coups de cœur discographiques – The Trials Of Van Occupanther (2006) de Midlake, Sky Blue Sky (2007) de Wilco – partagés à l’unanimité par ses membres. À l’autre bout du fil, en direct téléphonique de Strasbourg, Jacques Speyser revient sur quatre années chaotiques d’un groupe savant, qui aurait pu se perdre en route à force de reports successifs et de contraintes dilatoires. L’issue contraire n’en est que plus belle et méritoire.

Dans quel état d’esprit es-tu avant la sortie de l’album d’Original Folks, en gestation depuis 2006 ?
La situation est particulière parce que l’enregistrement du disque est achevé depuis fort longtemps. Le travail final s’est concentré sur le mixage et le mastering. Parallèlement, nous tentons d’organiser une petite tournée pour promouvoir Common Use et continuons d’avancer sur le deuxième album, qui est déjà en chantier. Mais il y a une assez grande fébrilité parce que beaucoup de choses se mettent en place actuellement. Pour tout dire, je découvre la gestion d’un groupe au quotidien.

D’ailleurs, c’est la première fois de ta carrière que tu y es confronté, après avoir fomenté des projets plutôt personnels ou joué dans les formations des autres.
Effectivement, je compte dorénavant sur un groupe complet. Je ne me contente plus seulement d’un partenaire régulier, comme mon guitariste historique Frank Marxer. Dans Original Folks, je projette moins mes fantasmes qu’à l’époque de Grand Hotel, par exemple. L’aboutissement passe par les désirs et les attentes des cinq personnes qui forment aujourd’hui Original Folks. Désormais, je me place volontairement en retrait. D’ailleurs, le prochain disque témoignera davantage encore de cette vie de groupe. Car Common Use est, avant tout, né de mes fantasmes personnels.

Étais-tu lassé, depuis toutes ces années, de porter ton répertoire en solitaire ?
Grand Hotel, c’était une tentative en français qui a précédé la rencontre des personnes de la galaxie d’Herzfeld, autre que Renaud Sachet (ndlr. chanteur-guitariste de Buggy), mon ami de vingt ans. (Sourire.) Ce label a créé une véritable effervescence qui m’a donné envie de participer à leur aventure. Alors j’ai commencé à écrire des chansons, en m’entourant de musiciens comme Pierre Walter de Loyola ou Stephan Nieser de Solaris Great Confusion. Très vite, j’ai pris conscience de l’utilité d’un groupe dans le sens où chacun apporte sa quote-part. Si cela reste plus difficile à gérer humainement, c’est musicalement plus enrichissant.

Te sers-tu justement de ton expérience en tant que batteur dans Les Molies autrefois ou dans Buggy aujourd’hui ?
C’est vrai que je connais les deux situations. Je recherche l’implication constante des cinq personnalités, le mélange des influences, ce qui modifie les chansons en elles-mêmes. Le résultat est plus compact, littéralement groupé. Fini les pannes d’idées où je ne savais pas à qui m’en remettre… Nous travaillons à partir des mélodies, d’une structure et des paroles que j’apporte à mes quatre comparses.

SECOND DEGRÉ
Sur quels artistes, groupes ou albums vous êtes-vous immédiatement retrouvés, en fondant Original Folks ?
Si la formation du groupe a évolué au fil du temps, nous partageons des références et des sensibilités communes.

D’où le titre de Common Use ?
En réalité, c’était le titre de travail de Modern Drive, la deuxième chanson du disque, avant que j’en écrive les paroles. J’aime sa signification populaire d’utilité commune.

Évacuons également la question du nom du groupe.
Au départ, j’avais envie de guitares sèches, influencées par la country et le folk. Avec le temps, nous nous en sommes progressivement détachés. Dans Original Folks, c’est moins le mot “folks” qui importe que l’adjectif “original”. Je revendique pleinement le second degré de notre appellation. Car se déclarer original n’a plus aucun sens aujourd’hui. J’adore la sonorité d’Original Folks, un slogan trouvé sur une marque de jeans. Nous formons un groupe pop comme je l’ai toujours envisagé.

Faire l’unanimité autour des douze titres du disque n’a sûrement pas été une sinécure.
Avec Common Use, j’avais à cœur de finaliser une période autour de douze morceaux qui nous rassemblent. Place désormais à la deuxième vie du groupe pour une musique qui nous ressemble vraiment. Sur la longueur, c’est toujours difficile de vivre avec des chansons qui ont perdu de leur saveur originelle, mais c’est aussi ce qui rend l’album précieux et attachant, car il témoigne d’une période passée.

Dans cette formule à sept musiciens, figurait en particulier Pierre Walter, le chanteur de Loyola, qui interprète entièrement une chanson de l’album, Lucy.
C’est un titre magnifique dont Pierre ne semblait pas vouloir faire grand-chose. Il en a donc fait cadeau à Original Folks. Je lui suis d’autant plus reconnaissant que nous l’avons déjà joué ensemble sur scène. Mais sa voix se suffisait amplement pour la version enregistrée de Lucy. C’est pourquoi je tenais absolument à ce que Pierre et Stephan Nieser apparaissent sur la pochette du disque, même s’ils ne font désormais plus partie du groupe. C’est un sens historique pour Original Folks.

L’apport du guitariste Franck Marxer, ton complice depuis toujours, est également prégnant sur Common Use.
À travers la guitare de Franck, et ses solos réverbérés sur des morceaux comme Daze ou Holy Ghost, je sais que ses inspirations poétiques proviennent de Felt. D’ailleurs, nous préparons une reprise de There's No Such Thing As Victory, extrait du maxi The Final Resting Of The Ark (1987), pour les concerts à venir. D’autant qu’à la Flèche d’Or, le 21 avril prochain, nous aurons une revanche à prendre sur notre précédent passage, en première partie de Go-Kart Mozart. Certes, il s’agissait seulement notre deuxième concert (ndlr. le 27 mars 2006), mais nous restons très frustrés par ce souvenir scénique. Nous n’étions tout simplement pas prêts.

L’activité des jeunes groupes d’Herzfeld t’a-t-elle fait prendre un coup de vieux ?
De manière absolue, Original Folks prend son sens au sein du label Herzfeld. Je me demande bien comment aurais-je pu envisager ce groupe sur la durée sans cette aventure-là. Cela étant, c’est vrai que l’album en préparation de Roméo & Sarah, le projet de mon batteur (ndlr. le fils de l’ex-Kat Onoma Philippe Poirier), me donne des bonnes claques. Car voilà un duo constitué deux personnes qui ont quinze ans de moins que nous… Leur bouillonnement est très stimulant.

Quel regard portes-tu sur tes quinze dernières années discographiques, du premier 45 tours de The Non Stop Kazoo Organization à l’album d’Original Folks ?
C’est une question qui tombe à pic. (Sourire.) Car je me rends compte, chaque jour, de mes lacunes de musicien amateur. D’autant plus que j’ai la chance de jouer avec des personnes, qui possèdent les connaissances requises. J’ai toujours eu la flemme d’apprendre la technicité instrumentale. Seule, la chanson m’intéresse. Alors je me suis contenté des accords basiques. C’est un regret, un manque, mais je sais aussi que, depuis toutes ces années, j’ai été poussé par un désir irrépressible de composer des chansons.  

Qu’est-ce qui pourrait précisément te faire arrêter d’écrire ou de chanter ?
Je ne crois pas que je m’arrêterai un jour, car c’est un moteur fondamental et équilibrant. Je vis nettement moins bien dans les périodes de pause volontaire ou de panne d’inspiration. Bien sûr, c’est une frustration de ne pas vivre de notre musique car nous pourrions aller beaucoup plus loin, surtout lorsque nous posons nos propres disques sur la platine en comparaison de nos albums préférés. Notre engagement pâtit forcément de nos activités professionnelles. À l’inverse, c’est un confort, car personne ne décide à notre place. Nous jouissons d’une liberté artistique totale, sans pression d’aucune sorte.

Enfin, s’il fallait résumer Original Folks par un ou deux mots ?
Mélancolie, un mot qui revient dans tous mes projets, et vitalité, un caractère que je dois à l’apport du groupe. Mélancolie et vitalité, voilà un beau résumé.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #130


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