Curieuse destinée que celle d'Oboken qui voit sortir son premier album à quelques semaines d'intervalle de celui du nouveau Sparklehorse, l'un de ses pères spirituels (l'autre étant, ça ne s'invente pas, Neil Young). La comparaison, à laquelle le duo français n'aurait de toute façon pas échappé, s'avère, pour le coup, encore plus saisissante. Après un début de parcours des plus classiques, avec son lot d'autoproduits aussi remarqués que remarquables et de concerts épiques, les Lorrains Bruno Fleutelot et Philippe Saucourt se seront attelés à l'enregistrement de cet album comme on entre en religion, de toute leur âme et avec l'assurance de ceux qui savent (Dieu est vivant, sillonne la campagne américaine à moto et se fait désormais appeler Mark Linkous). Comptines à l'évanescente mélancolie, les chansons du duo, écrites comme au bon vieux temps sur de jolies guitares en bois, fleurent bon les grands espaces américains et le folk de là-bas. Oboken, dont le patronyme réfère au lieu de résidence des Feelies et Yo La Tengo, aura réussi le tour de force d'obtenir un son typiquement américain sans avoir à s'expatrier du côté de Tucson (The Little Rabbits, The Married Monk et consorts), choisissant au contraire un studio de Mulhouse pour coucher sur bandes ses précieuses mélodies. Faisant fi des usages, on choisira ici de ne citer aucun titre en particulier, tant chacun mérite d'être longuement écouté et réécouté pour bien en saisir l'essence. On parlera aussi de l'aisance de ces musiciens méticuleux, peaufinant chaque arrangement avec une dévotion de maître artisan, revenant sur tel et tel détail des nuits durant comme, on l'imagine, Benoît Burello sur le premier album de Bed. Ainsi, et pour la seconde fois en quelques semaines, notre belle patrie aura vu éclore l'un de ses plus précieux talents.