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Au départ, tout semble ici affaire de mots plutôt que de musique. Bossa-nova, new-wave, Nouvelle Vague : trois courants artistiques désignés par la même expression mais séparés géographiquement et historiquement par une distance apparemment irréductible. Partant de ce constat indéniable, mais tout de même un peu tiré par les cheveux, Marc Collin et Olivier Libaux se sont mis en tête de réunir ces trois pôles en réinterprétant, dans un style bossa, une série de morceaux anglo-saxons originellement enregistrés au début des 80's, tout en sélectionnant des interprètes féminines aux voix évocatrices des égéries 60's associées à  Godard ou Truffaut. Surprise à  l'arrivée : ce qui ressemblait à  s'y méprendre à  une fausse bonne idée, ce qui aurait pu n'être qu'un simple jeu langagier amusant se transforme, au fil des écoutes en une vraie trouvaille musicale totalement inattendue, à  mille lieues de ces réinterprétations fantaisistes qui semblent parfois n'avoir pour but que de figurer en bonne position dans les blind-teststélévisés du samedi soir et autres compilations afférentes. Avec une intelligence artistique que ne possèderont jamais les époux Ardisson, Collin et Libaux sélectionnent les titres avec pertinence, des plus connus (Just Can't Get Enoughde Depeche Mode, transformé en une irrésistible samba) aux plus pointus (le magnifique In AManner Of Speakingde Tuxedomoon, déjà  revisité en son temps par Martin Gore). Ils les dépouillent ensuite de leurs oripeaux électriques pour n'en conserver que la trame mélodique et rythmique et mieux les couler dans un moule qui semble étonnamment conçu pour les accueillir. Les interprètes féminines triées sur le volet, au rang desquelles figure en tête l'étincelante Camille (une voix capable de tout), servent de leur timbre à  la fois sensuel et diaphane des textes pas toujours commodes, comme ce Too Drunk TooFuck, débarrassé des relents de bière qui traînaient chez The Dead Kennedys et, du coup, rendu incroyablement sexy. Pour ajouter à  la polysémie initiale, on pourra désormais donner un sens inédit à  l'expression Nouvelle Vague : une bonne blague qui se transforme en un excellent disque.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #81
article extrait de :
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