Quand on a quitté Noah & The Whale en 2009, les Anglais donnaient dans une pop-folk délicatement orchestrée, un peu triste et en demi-teinte. Deux ans plus tard, les voilà revenus de Los Angeles avec des synthétiseurs, de la joie de vivre à en revendre, et le nouvel album Last Night On Earth où ils apparaissent transfigurés. Juste avant leur concert au Café de la Danse le 16 février dernier, bibi est allé questionner le leader du groupe, Charlie Fink, sur les raisons de la mue. [Entretien Emilien Villeroy].
Je viens de te voir faire une session acoustique filmée. Tu aimes bien dépouiller tes arrangements de la sorte ?
Ouais, c'est sympa. On nous demande d'en faire de plus en plus ces temps-ci, alors on s'adapte et on essaie de les rendre plus intéressantes, en réarrangeant et en rajoutant des boites à rythme.
Les morceaux ressemblent à ça quand tu fais des démos ?
Non, la plupart du temps, nos démos ressemblent énormément aux versions finales, en fait ! Pour moi, la production est une partie intégrante de la composition et le choix des sons fait partie de l'écriture. Pour les live au débotté, c'est un tout autre processus.
Votre dernier effort date de 2009. Qu'est-ce que vous avez bouiné pendant deux ans ?
C'est vrai qu'on n'a jamais pris autant de temps pour faire un album, environ neuf mois. J'ai vraiment commencé le boulot le jour de l'an 2010, en composant le morceau Tonight's The Kind Of Night dans un train, entre le Pays de Galles et Londres. Avant de monter dans le wagon, j'avais juste une phrase en tête : “Tonight's the kind of night/Where everything could change”, puis j'ai brodé à partir de là pendant le voyage. Ça a été le point de départ, on a passé toute les mois d'après à réaliser le disque. Auparavant, nous avons juste beaucoup tourné.
Pendant cette période, ton frère Doug a quitté le navire. Cela a eu un impact important ?
Ça n'a pas eu un impact essentiel sur notre musique, ni sur quoi que ce soit d'autre. Évidemment, il nous manque, mais il a tout de même participé à l'élaboration des démos, et il est passé nous voir en studio à Los Angeles quand l'album était fini pour nous donner son avis. C'est mon frère, je vais donc toujours lui rendre visite dès qu'il y a des décisions importantes à prendre sur le devenir d'une chanson ou sur notre artwork.
Last Night On Earth a un son très différent comparé à son prédécesseur : plus pop, plus dynamique. Pourquoi ce changement ?
Ça a été très instinctif, en fait. C'était dans mes tripes, une envie irrépréssible pour moi, il fallait que les morceaux sonnent ainsi. Il y a un thème qui sert de fil conducteur au disque : la nuit et ses possibilités infinies, la sensation grisante de liberté qu'on peut ressentir grâce à elle en partant en quête de nouveautés, à la recherche d'un inconnu qui nous ferait devenir quelqu'un d'autre. Il fallait que la musique reflète cet état d'esprit, avec des synthétiseurs et des boites à rythme. Je voulais expérimenter aussi. Plus tu sors des albums, plus tu deviens ambitieux. Quand tu débutes, tu n'as pas beaucoup d'argent, pas trop de temps, tout se fait à l'arrache, alors que quand tu es plus installé, tu peux te permettre de travailler plus lentement, plus soigneusement, histoire de pousser les choses plus loin. On a donc passé plus de temps dans le studio.
Vous avez travaillé avec Jason Lader sur ce disque. Qui a lancé la collaboration ?
Il a produit l'essai solo Julian Casablancas, Phrazes For The Young, et je trouvais que c'était un album génial. J'adore le son, le mélange entre claviers, guitares et batteries électroniques. J'en ai parlé un jour à notre manager, lequel m'a demandé le nom du producteur : Jason Lader. Deux jours plus tard, ledit manager (qui s'occupe aussi de Phoenix) se balade au festival Coachella et rencontre un pote à lui qui lui dit : “Eh, je te présente Jason !”. C'était lui, Jason Lader, on a pris ça comme un signe de dingue ! Nous lui avons parlé, envoyé quelques démos qu'il a aimées, et on est tous parti à Los Angeles pour bosser avec lui. Afin de donner corps à la musique que j'imaginais, assez dansante, c'était le type idéal. Il a donc co-produit l'album.. et c'était d'enfer !
Des références précises au moment de penser l'atmosphère de cet album ?
Oui. Au niveau des paroles, je dirais Bone Machine (1992 de Tom Waits et Berlin de Lou Reed (1973). Au niveau de la production, c'était plutôt du côté de Brian Eno avec Before And After Science (1977) et Another Green World (1975), ou chez Roxy Music, période Avalon (1982). Arthur Russel a aussi été une influence, avec ses albums Calling Out Of Context (2004) et Love Is Overtaking Me (2008).
Pour toi, quelle est la plus grande différence entre ton précédent essai et celui-ci ?
Je pense que le plus grand changement vient du fait que les paroles ont été écrites à la troisième personne. Je me mets dans la peau de personnages, c'est plus narratif, et c'est vraiment la grande nouveauté pour moi. Ensuite, au niveau de la production : c'est la première fois qu'on sortait les synthés et des boites à rythmes. Notre envie était de ne pas compter sur les vieilles ficelles, ne pas utiliser des suites d'accords ou des paroles déjà utilisées. On voulait se lancer un défi à nous-mêmes, finalement.
Les titres sont très simples, mais semblent tout de même avoir été peaufinés avec soin. Finaliser une composition vous prend du temps ?
Absolument. L'album ne fait que 33 minutes, il est très court, et je tenais vraiment à ce qu'il soit concis. Pas de parasites, pas de trucs en plus qui alourdissent la barque, juste aller à l'essentiel, suivre le fil de l'histoire. C'est ce qui nous a pris le plus de temps finalement, se débarrasser des éléments superflus, que ce soit musicalement ou au niveau des textes.
Est-ce que c'est quelque chose que vous auriez déjà dû faire par le passé ?
Peut-être, je ne sais pas trop, je n'y pense pas vraiment...
Quel est le truc le plus aventureux que vous ayez fait en studio ?
C'est difficile à dire. Sur le moment, tu ne fais qu'explorer jusqu'à trouver ce que tu cherches. L'un de nos objectifs était de sonner de façon chaude et analogique, même avec les claviers et la foule de sons synthétiques. On a pas mal utilisé de Moog et d'instruments un peu rétros. Le plus cool pour moi a été d'enregistrer les chœurs avec le groupe The Waters, des chanteurs de gospel légendaires à Los Angeles qui ont bossé avec des pointures comme Michael Jackson. On a fait quatre morceaux avec eux, et je me souviens qu'un jour, on bossait sur l'ultime titre du disque, Old Joy, j'étais au piano et ils chantaient avec moi... Un moment incroyable.
Je viens de te voir faire une session acoustique filmée. Tu aimes bien dépouiller tes arrangements de la sorte ?
Ouais, c'est sympa. On nous demande d'en faire de plus en plus ces temps-ci, alors on s'adapte et on essaie de les rendre plus intéressantes, en réarrangeant et en rajoutant des boites à rythme.
Les morceaux ressemblent à ça quand tu fais des démos ?
Non, la plupart du temps, nos démos ressemblent énormément aux versions finales, en fait ! Pour moi, la production est une partie intégrante de la composition et le choix des sons fait partie de l'écriture. Pour les live au débotté, c'est un tout autre processus.
Votre dernier effort date de 2009. Qu'est-ce que vous avez bouiné pendant deux ans ?
C'est vrai qu'on n'a jamais pris autant de temps pour faire un album, environ neuf mois. J'ai vraiment commencé le boulot le jour de l'an 2010, en composant le morceau Tonight's The Kind Of Night dans un train, entre le Pays de Galles et Londres. Avant de monter dans le wagon, j'avais juste une phrase en tête : “Tonight's the kind of night/Where everything could change”, puis j'ai brodé à partir de là pendant le voyage. Ça a été le point de départ, on a passé toute les mois d'après à réaliser le disque. Auparavant, nous avons juste beaucoup tourné.
Pendant cette période, ton frère Doug a quitté le navire. Cela a eu un impact important ?
Ça n'a pas eu un impact essentiel sur notre musique, ni sur quoi que ce soit d'autre. Évidemment, il nous manque, mais il a tout de même participé à l'élaboration des démos, et il est passé nous voir en studio à Los Angeles quand l'album était fini pour nous donner son avis. C'est mon frère, je vais donc toujours lui rendre visite dès qu'il y a des décisions importantes à prendre sur le devenir d'une chanson ou sur notre artwork.
Last Night On Earth a un son très différent comparé à son prédécesseur : plus pop, plus dynamique. Pourquoi ce changement ?
Ça a été très instinctif, en fait. C'était dans mes tripes, une envie irrépréssible pour moi, il fallait que les morceaux sonnent ainsi. Il y a un thème qui sert de fil conducteur au disque : la nuit et ses possibilités infinies, la sensation grisante de liberté qu'on peut ressentir grâce à elle en partant en quête de nouveautés, à la recherche d'un inconnu qui nous ferait devenir quelqu'un d'autre. Il fallait que la musique reflète cet état d'esprit, avec des synthétiseurs et des boites à rythme. Je voulais expérimenter aussi. Plus tu sors des albums, plus tu deviens ambitieux. Quand tu débutes, tu n'as pas beaucoup d'argent, pas trop de temps, tout se fait à l'arrache, alors que quand tu es plus installé, tu peux te permettre de travailler plus lentement, plus soigneusement, histoire de pousser les choses plus loin. On a donc passé plus de temps dans le studio.
Vous avez travaillé avec Jason Lader sur ce disque. Qui a lancé la collaboration ?
Il a produit l'essai solo Julian Casablancas, Phrazes For The Young, et je trouvais que c'était un album génial. J'adore le son, le mélange entre claviers, guitares et batteries électroniques. J'en ai parlé un jour à notre manager, lequel m'a demandé le nom du producteur : Jason Lader. Deux jours plus tard, ledit manager (qui s'occupe aussi de Phoenix) se balade au festival Coachella et rencontre un pote à lui qui lui dit : “Eh, je te présente Jason !”. C'était lui, Jason Lader, on a pris ça comme un signe de dingue ! Nous lui avons parlé, envoyé quelques démos qu'il a aimées, et on est tous parti à Los Angeles pour bosser avec lui. Afin de donner corps à la musique que j'imaginais, assez dansante, c'était le type idéal. Il a donc co-produit l'album.. et c'était d'enfer !
Des références précises au moment de penser l'atmosphère de cet album ?
Oui. Au niveau des paroles, je dirais Bone Machine (1992 de Tom Waits et Berlin de Lou Reed (1973). Au niveau de la production, c'était plutôt du côté de Brian Eno avec Before And After Science (1977) et Another Green World (1975), ou chez Roxy Music, période Avalon (1982). Arthur Russel a aussi été une influence, avec ses albums Calling Out Of Context (2004) et Love Is Overtaking Me (2008).
Pour toi, quelle est la plus grande différence entre ton précédent essai et celui-ci ?
Je pense que le plus grand changement vient du fait que les paroles ont été écrites à la troisième personne. Je me mets dans la peau de personnages, c'est plus narratif, et c'est vraiment la grande nouveauté pour moi. Ensuite, au niveau de la production : c'est la première fois qu'on sortait les synthés et des boites à rythmes. Notre envie était de ne pas compter sur les vieilles ficelles, ne pas utiliser des suites d'accords ou des paroles déjà utilisées. On voulait se lancer un défi à nous-mêmes, finalement.
Les titres sont très simples, mais semblent tout de même avoir été peaufinés avec soin. Finaliser une composition vous prend du temps ?
Absolument. L'album ne fait que 33 minutes, il est très court, et je tenais vraiment à ce qu'il soit concis. Pas de parasites, pas de trucs en plus qui alourdissent la barque, juste aller à l'essentiel, suivre le fil de l'histoire. C'est ce qui nous a pris le plus de temps finalement, se débarrasser des éléments superflus, que ce soit musicalement ou au niveau des textes.
Est-ce que c'est quelque chose que vous auriez déjà dû faire par le passé ?
Peut-être, je ne sais pas trop, je n'y pense pas vraiment...
Quel est le truc le plus aventureux que vous ayez fait en studio ?
C'est difficile à dire. Sur le moment, tu ne fais qu'explorer jusqu'à trouver ce que tu cherches. L'un de nos objectifs était de sonner de façon chaude et analogique, même avec les claviers et la foule de sons synthétiques. On a pas mal utilisé de Moog et d'instruments un peu rétros. Le plus cool pour moi a été d'enregistrer les chœurs avec le groupe The Waters, des chanteurs de gospel légendaires à Los Angeles qui ont bossé avec des pointures comme Michael Jackson. On a fait quatre morceaux avec eux, et je me souviens qu'un jour, on bossait sur l'ultime titre du disque, Old Joy, j'étais au piano et ils chantaient avec moi... Un moment incroyable.