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Peaceful, The World Lays Me Down de Noah And The Whale

chronique d'album
Avec un petit temps de retard sur le reste du monde civilisé, Noah And The Whale vient enfin répandre la bonne parole chez nous et partager son folk excentrique avec les fondus d’un romantisme orchestré façon pochette-surprise, qu’on croyait réservé à l’Amérique du grand Nord (Arcade Fire, The Hidden Cameras). Mais Charlie Fink et sa bande d’hurluberlus sont bien anglais.

Dans les limites du raisonnable toutefois : les regards portent outre-Atlantique et le groupe doit son nom à The Squid And The Whale (2005), l’excellent film (traduit en français par Les Berkman Se Séparent) de Noah Baumbach, par ailleurs scénariste de Wes Anderson, inspiration de clips très pince-sans-rire du quatuor. Il y a du sous-pull jaune dans l’air. Peaceful, The World Lays Me Down est probablement l’une des meilleures nouvelles à nous parvenir d’Angleterre depuis des années, collection vraiment bath de chansons libérées des sempiternelles influences rabâchées par les jeunes générations. Fraîcheur, générosité et imagination guident les pas des Londoniens à travers une petite forêt de mélodies irrésistibles.

Avec une rythmique rudimentaire, des chœurs naïfs et des arpèges de guitare enroulés en motifs africains, 2 Atoms In A Molecule donne le ton. Le meilleur est à suivre, avec l’apparition du violon et d’un accordéon sur l’extraordinaire Jocasta, puis de cuivres radieux sur Shape Of My Heart, puissant hymne dépressif. Le chant rauque et tremblant de Charlie est appuyé par la douce voix de Laura Marling, parfait contrepoint tout en innocence juvénile. Give A Little Love porte encore un peu plus haut les couleurs de cette pop artisanale ébouriffée, avec chœurs élégiaques, piano et cordes romantiques, trompette et trombone pour une cavalcade épique. On siffle et tâte du triangle sur le déjà classique 5 Years Time, porté par un ukulélé et une flûte, où Fink s’approche dangereusement du bonheur. Pas de panique, c’est une rêverie (“In my mind, I’m having a pretty good time with you”).

Et quand Noah And The Whale baisse la garde et lève le pied, c’est une tristesse plus rêche qui affleure sur des chansons lentes au lyrisme engourdi (Do What You Do, Hold My Hand As I’m Lowered). Avec un art consommé de la mise en forme, une perméabilité à la poésie, une mélancolie prégnante atténuée par une fantaisie et un humour doux-amers, Noah And The Whale peut légitimement revendiquer le cousinage avec les films de l’immense Wes Anderson.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #125


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