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archive mag juin 2008
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Ils sont marrants, depuis les punks straight edge d’alors jusqu’aux rappeurs abstraits d’aujourd’hui, ces artistes américains végétaliens dont le mode d’alimentation est aussi sain et équilibré que leur musique est sombre ou décapante. Autant les mélopées bioélectroniques de Moby seyent normalement à son ascétisme alimentaire, autant on imagine plus un type comme Sage Francis traîner sa peine dans des bouges et déglinguer des margoulins à longueur de biture plutôt que plongé en introspection devant sa table d’écriture avec une bouteille de Contrex et une salade de légumes à portée de main.

Quant aux deux Californiens herbivores de No Age, s’ils devaient vivre comme ils jouent, ils seraient déjà morts et incinérés. Désintégrés par les excès et cramés par les névroses. Activistes impliqués dans le fonctionnement de l’antre arty The Smell sis à Los Angeles - aussi fréquentée par The Mae Shi ou BARR -, Dean Spunt (à la fois batteur et chanteur, chose assez rare pour être soulignée) et le guitariste Randy Randall avaient déjà balayé les cendres de leur ancien groupe Wives en réapparaissant sous le nom de No Age pour distiller en 2006 et 2007 une série de singles sur moult labels indés (Upset The Rhythm, Deleted Art, Teardrops et Youth Attack). Compilation de ces morceaux inauguraux parue sur FatCat, Weirdo Rippers comptait quelques appels mémorables à l'insurrection, mais ne parvenait pas à tenir sur la longueur la fulgurance instantanée que le duo était capable de générer à la volée. À l’inverse, et comme on pouvait s’y attendre, ce deuxième album enregistré comme tel entre Los Angeles et Londres est une somme noisy punk à l’ébouriffante homogénéité. Nonobstant les accalmies criblées de grésillements que sont Things I Did When I Was Dead, Keechie et Impossible Bouquet, tout, ici, n’est qu’agression perpétuelle, distorsion incessante et pétarade guitaristique. Avec ce chant retiré et ces mélodies brûlées au degré ultime par la stridence, No Age passe Weezer à tabac, déterre Husker Dü à grandes pelletées, culbute My Bloody Valentine dans une cave des horreurs et torture Sonic Youth dans un garage infesté par la crasse. Plus rustre et minimale que Parts & Labor ; aussi sale, basique et purgative qu’une saillie de porte cochère dans une rue adjacente aux locaux d’In The Red Records, la musique de No Age figure un fantasme bruitiste et assourdissant qui se nourrit en vas clos et surenchérit en détonation sans jamais faiblir. Son hymne, véloce et enragé comme le cerbère, s’appelle Here Should Be My Home. Soit un tour de force et de magie noire qui étale, pendant deux minutes, tous les outrages d’un attirail goudronneux et parasité en même temps qu’un tumulte mélodique en jubilation.

Et quand Miner, Sleeper Hold ou Brain Burner carabinent le punk avec des refrains d’une puissance métallique aussi suffocante que fédératrice, Cappo adosse les shoegazers Drop Nineteens à une muraille sonique souillée pour les fusiller. Les mille et un riffs supersoniques de Sleeper rendent, eux, la distorsion aussi indispensable qu’un nouvel oxygène. Trahissant une économie de moyens originelle en l’augmentant de samples autoproduits, de boucles discordantes et d’une palanquée d’effets trempés dans la friture, No Age arrive à insuffler à ses compositions une énergie indicible comme Meric Long et Logan Kroeber des Dodos parviennent à rendre omniscient un folk à priori dénué d’argument. Ou comment deux bonshommes au teint immaculé arrivent à faire plus de bruit qu’une convention de hardos rincés par le stupre. Les skaters Randy Randall et Dean Spunt ont beau mangé comme de petits lapins, ils jouent avec la férocité des pires carnassiers.

AnnA Lester

magazine num 121 article extrait de :
MAGIC RPM #121


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