Le label londonien Outcaste mène, depuis quelques années, le bal de l'Asian underground scene, représentée entre autres par Badmarsh & Shri, Joi Soundsystem ou Talvin Singh, jeunes collectifs invitant de respectables mélopées indiennes ou pakistanaises sur les dancefloors britanniques. Un métissage qui dépasse la sphère musicale pour débattre de l'intégration socioculturelle et de la revendication d'une identité anglo-indienne. "I'm a british Indian" clame Nitin Sawhney sur son troisième album Beyond Skin. Depuis 88 et ses apparitions au sein du James Taylor Quartet jusqu'à la réalisation d'oeuvres classiques et contemporaines, ce musicien accompli, formé au conservatoire, sait qu'il doit pratiquer l'oecuménisme des genres pour pouvoir toucher le public le plus large possible. Fans de Nusrat Fateh Ali Khan et de Ragunath Manet, passez votre chemin, car Beyond Skin, aussi beau et sage qu'une production Real World, n'est en rien traditionnel. Il faut d'ailleurs attendre plusieurs titres pour entendre ne serait-ce qu'un tabla. Place donc aux ambiances très cocktail-bar de Tides et son piano à la Keith Jarrett, au trip hop de Letting Go et aux cordes symphoniques de Homelands. Bien sûr, ça et là, un toaster soufi s'invite, des percussions traditionnelles se greffent, mais dans l'ensemble, Nitin Sawhney et ses compagnons restent dans le registre mélomane (production admirable, voix féminines envoûtantes...). On peut soit se pâmer, soit passer outre. On opte pourtant pour la première solution.