Anglais d'origine indienne, Nitin Sawhney n'a eu de cesse de combattre les démons de son enfance (pauvreté, exclusion) en multipliant les projets artistiques, évoluant avec une liberté rare entre cinéma, littérature et musique. Il signe aujourd'hui son septième album en onze ans, preuve de cette insatiable soif de création qui lui a déjà permis de croiser le fer avec Terry Callier, Jeff Beck ou Paul McCartney. Tout comme ses précédents opus, Philtre est à la fois un carnet de voyages et un manifeste pour le multiculturalisme, jouant de façon extrême sur le mariage des genres. Ici, une guitare flamenco embrase la scène jungle (Noches En Vela); là, une princesse indienne repeint un beat trip hop de couleurs chamarrées (Koyal (Songbird)) ; ailleurs, un scat jazzy répond aux ambiances zen de Dj Krush (Brainwaves). Entre blues sudiste et score Bollywood, northern soul et chant religieux, Nitin Sawhney se joue des frontières et trace de nouveaux liens, ne retenant que la pulsion primale qui, depuis la nuit des temps, pousse les hommes à jouer des mélodies rythmées. Exceptions faites d'une sucrerie r'n'b indigeste (Throw) et d'un morceau de soul urbaine pour café lounge (Flipside), le résultat est à la hauteur de ses nobles intentions. L'équilibre fragile qu'il parvient à maintenir entre naïveté et profondeur, par la grâce d'une production feutrée, offre même à ce disque déraisonnablement éclectique une cohérence inattendue. Si Sawhney gagnerait à resserrer son propos, notamment en poursuivant son exploration du sampling (l'introductif Everything, sommet du disque, rappelle la sophistication discrète de Dan The Automator), on ne peut que saluer la générosité de ce musicien nomade. On attend déjà avec impatience le récit de ses prochaines explorations.