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One Second Of Love de Nite Jewel

chronique d'album
Emblématique d’une scène californienne où des jeunes filles sous influence pervertissent une musique pop céleste en la parant d’un voile d’inquiétude, Ramona Gonzalez se plaisait jusqu’ici à entretenir le flou sur son image et sa musique. Changements intempestifs de labels et de personnel, goût immodéré ou nécessité économique pour des compositions flottantes et délicieusement parasitées, son premier album, Good Evening (2009), n’avait touché qu’une audience restreinte, par son absence de netteté et sa bizarrerie pop. Comme l’illustre d’entrée de jeu la pochette de son successeur, avec sa photo en noir en blanc léché et ce regard frontal, Nite Jewel a passé sa musique au révélateur d’une maturité accélérée. Si One Second Of Love ne porte plus aucun stigmate de l’esthétique DIY qui faisait volontairement écran à une puissance vocale hors pair, il conserve fort heureusement cette part de mystère et de rêve qui faisait tout le sel de cette musique charnelle et lointaine à la fois. L’évolution de Nite Jewel va de pair avec un désir de ne pas s’enfermer dans une posture rétro 80’s et cynique, comme en témoignaient ses premières vidéos à l’humour décapant, où la jeune femme endossait le rôle de la star gâtée et droguée, vomissant un liquide jaunâtre sur des synthés d’une autre époque.

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Débarrassé de toute souillure et enregistré dans un vrai studio aux côtés de son mari et producteur Cole M. Greif-Neill, One Second Of Love est une ode à l’amour autant qu’à une pop étincelante, celle qui jaillit moins de l’esprit que des tripes. À l’instar de Michael Lovett (NZCA/LINES) ou Claire Boucher (Grimes), Ramona Gonzalez s’est abreuvée sans honte durant ses années de préadolescence à la pop mainstream et au R&B clinquant, là où d’autres firent des années 90 le totem absolu de l’indie rock. Les premières mesures majestueuses de This Story déroutent par cette production spacieuse et dépouillée, purifiée des grains (de folie) qui brouillaient auparavant les paroles et les mélodies. La voix s’y déploie comme jamais avec une pureté divine. Épaulée de musiciens de studio et de son amie Julia Holter, auteur de l’intrigant et labyrinthique Ekstasis (2012), Ramona Gonzalez a soigné l’écriture de ses chansons tout en les épurant au maximum. Le single éponyme, avec ses fréquences basses entêtantes et ses zébrures de guitare et de clavier, tout comme les rythmes syncopés et les chœurs en hommage à la fratrie Jackson de She’s Always Watching You, révèlent une forme de sensualité et de lyrisme inédits. Si le style de Nite Jewel s’est affranchi d’une forme d’étrangeté malaisante, il a paradoxalement gagné en personnalité et en assurance par son souci désormais premier d’éviter les détours et les approximations pour atteindre un perpétuel état de grâce.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #161


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