L'essentiel de Tranquil Isolation semble avoir été enregistré en 1932 par Robert Johnson. Impossible de réprimer un frisson à l'écoute de cette musique rocailleuse et de cette voix hantée, feulement déchirant d'une âme en peine qui aurait pactisé avec le diable. Sur Hey Mama, on entend distinctement un pied battre la mesure au sol avant que la batterie ne prenne le relais avec une souplesse et une intelligence dont jamais elle ne se départira. Basse, guitares très sèches et violon complètent la panoplie du bluesman, certainement empruntée aux frères Oldham, ici aux commandes. Sur son nouvel album, Nicolai Dunger a encore épuré son écriture et asséché sa musique. Oui, c'est possible. Tranquil Isolation traverse des paysages plus arides, sauvé de la monotonie par un chant extraordinaire et la présence d'un piano magnifique sur certains morceaux comme le bien nommé Tribute To Tim Hardin, déclaration d'amour à la retenue émouvante. Pour compléter la "Dream Tim", le fantôme de Buckley père rôde sur Wonders, tout entière saisie d'un romantisme fiévreux. Ouvert par l'impressionnant Last Night I Dreamt Of Mississipi, longue complainte inquiétante et torturée habitée par un chant psalmodié, le disque s'éteint sur un instrumental apaisant. D'un bout à l'autre, le grand Nicolai y aura imposé une présence charismatique, bien décidé à manger l'Amérique par la racine.