New Order est sans doute l'un des groupes les plus énervants qui soient. Pour la concurrence. Il est aussi l'un des plus influents. Auprès de cette même concurrence. Sur les douze derniers mois, on ne compte plus les formations qui ont piqué une ligne de basse, un couplet, des idées d'arrangement. Et ce constat se vérifie partout : des deux côtés de l'Atlantique (de Franz Ferdinand aux Killers...), des deux côtés de la Manche (de Doves à Scénario Rock). Aujourd'hui, après l'intronisation officielle de Phil Cunningham en lieu et place de Gillian Gilbert, le groupe a décidé de faire comme ses concurrents. Après tout, pourquoi se gêner. À une différence près de taille, la différence qui confirme ce vieil adage : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Malgré les présences d'un triumvirat de producteurs chevronnés, Waiting For The Sirens' Call doit beaucoup à ses auteurs, à leur virtuosité, à leur hallucinante Technique. En fait, peu importe de savoir qui fait quoi, d'apprendre qu'Ana Mantronik donne la réplique à Bernard Sumner sur un affriolant Jetsream, tout en courbes charnelles. Seul compte le plaisir quasi-onaniste de retrouver des mélodies radieuses, à l'instar d'un Hey Now What You Doing porté par des guitares croisées et un refrain lumineux ou de cette chanson-titre, tour de force capiteux en forme d'autocitation. À plus d'un titre, ce disque renoue avec le triptyque Lowlife-Brotherhood-Technique, Sainte-Trinité d'une pop qui ne se savait pas encore moderne. Il laisse la place à des hymnes hédonistes pour dancefloors extatiques (Krafty, Guilt Is A Useless Emotion), plonge tête la première dans l'electro (I Told You So) avant de renouer avec des compos plus orthodoxes, comme ce Dracula's Castle virevoltant ou un Working Overtime d'obédience stoogienne. Une fois encore, l'attente moins angoissante que la précédente est récompensée. N'en déplaise aux esprits chagrins, il en sera toujours ainsi. Jusqu'à nouvel ordre.