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Greendale
archive mag septembre 2003
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Au contraire des Rolling Stones, dont il fut un jour question qu'il occupe le très convoité poste de second guitariste, Neil Young continue, trente-six ans après ses débuts remarqués au sein de Buffalo Springfield, à enregistrer des disques d'une effarante tenue. Au point d'élever son petit dernier au niveau des classiques Everybody Knows This Is Nowhere, After The Goldrush et Zuma. Concept-album retraçant l'épopée de la famille Green et du village qui l'abrite, l'électrique Greendale enchaîne les ballades midtempo avec une nonchalance et un militantisme écologiste à faire pâlir les légions anti-folk du globe. Ainsi, sur Falling From Above, le Canadien oublie parfois de chanter dans son micro, alors que sur l'enlevé Double E sa vieille Gibson noire se fait jumelle de celle du bluesman Hound Dog Taylor, son idole de toujours avec Jimi Hendrix. L'unique titre acoustique, le précieux Devil's Sidewalk, figure quant à lui ce que le Loner a enregistré de mieux dans le genre, avec cette corde de mi grave distendue à l'excès qui bourdonne tout au long du morceau. Souligné par un harmonica distordu, cette chanson convoque les démons de l'Amérique jadis croisés chez Woody Guthrie et Bob Dylan. Mais c'est finalement avec Grandpa's Interview, monument de douze minutes sans refrain (!), que Young offre le meilleur de lui-même, comme au temps béni de Cortez The Killer. Plutôt que de se perdre en solos rageurs comme sur les dispensables Mirror Ball et The Year Of The Horse, le vieux baba indiscipliné canalise son énergie et martèle un rythme avec la régularité d'un marteau-piqueur. En jetant aux orties ses formulaires de retraite et son rocking-chair, Neil Young vient d'annoncer l'un des avis de tempête les plus rafraîchissants de cet été de canicule. Le talent de ce type est simplement écoeurant pour la concurrence.
Renaud Paulik
article extrait de :
MAGIC RPM #74
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