S'il y a une personne dans ce bas monde qui pourrait assister au triomphe des dénommés Franz Ferdinand outre-Manche avec une pointe d'agacement et un rictus d'énervement, c'est bien Davy Henderson, étonnant personnage de la scène musicale écossaise, illuminé notoire, mélomane compulsif, artiste jusqu'au-boutiste et poète urbain. Au début des années 80, il était à la tête des Fire Engines, formation abracadabrante qui s'amusait à jouer sur du velours (souterrain, comme de bien entendu) un rock déstructuré et intense. Depuis 1993, c'est ce même chemin qu'explore le bonhomme au sein de Nectarine N°9, groupe tout aussi inclassable (à l'instar, au hasard, des indémodables The Fall) et bien décidé à n'en faire qu'à sa tête. I Love Total Destruction, ci-devant cinquième album d'Henderson et ses sbires, est la parfaite illustration de cette névrose musicale, impitoyable patchwork où ce capitaine sans navire (cet archiduc sans trône ?) prend un malin plaisir à laisser libre cours à ses aspirations les plus rocambolesques. Dès l'ouverture et le morceau-titre, en quelque trois minutes chrono et autant de bruit blanc, il anéantit la hype White Stripes. Avec des invités ad hoc - l'ex-Josef K et Orange Juice Malcolm Ross, l'ex-Pop Group Gareth Sager -, il dresse le temps de The End Of Definitionle panégyrique du meilleur-groupe-culte-de-tous-les-temps-de-l'ère-punk : Subway Sect, of course. Vous avez dit God-Art? Entre dub déformé par le prisme pop ('Til The Mooncomesup, On Fire Stickers) et instrumentaux easy aux effluves de Felt (Leonardsfoamkremolacone), Nectarine N°9 se joue des us et coutumes, se fiche des bienséances et offre donc au rock ce second souffle dont il a tant besoin. Question de jus, on suppose.