Naast

Vu par Magic

Antichambre

archive mag février 2007
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Écouter le disque des Naast demande une intense concentration, destinée à faire abstraction de la palanquée d'a priori négatifs qui accompagnent l'ascension des quatre Parisiens. Le principal a pour origine cet improbable pistonnage médiatique fomenté par quelques journalistes locaux en quête de gloriole, les plus médisants (un peu aigris et très jaloux) évoquant également des origines sociales peu en accord avec l'attitude de rebelle incontrôlable vantée çà et là, et une pose rock'n'roll outrancière cautionnée par des parrainages douteux (le risible Patrick Eudeline ou François Ravard, l'ex-manager de Téléphone). Faisons donc fi de cela, en se rappelant que les Strokes traînèrent en leur temps les mêmes casseroles. Mais là où les compositions des New-Yorkais mirent tout le monde à genoux, cet impayable croisement entre The Hives et les Stray Cats rythmé par l'orgue indomptable de Charly Oleg fait peine à entendre. De courte durée, l'album semble pourtant s'appesantir, lesté par des refrains à la petite semaine interchangeables qui transpirent le labeur et s'enchaînent sans classe ni inspiration. Les textes imagés, mélange d'arrogance adolescente et de sentimentalisme creux, sont bêtes comme leurs pieds (pourtant très réguliers), et réussissent l'exploit de plomber un ensemble déjà lourd comme l'enclume. Certains parlent des Dogs, citons plutôt Les Forbans. On éprouve tout de même de la tendresse pour Gustave Rambali, dont les braillements étranglés suintent la sincérité. Cette même tendresse ressentie en regardant s'ébrouer un ersatz suintant d'Elvis Presley ou une copie gloussante de Claude François lors d'un concours réunissant les meilleurs sosies du moment. Si le rockabilly moderne joué à toute berzingue par les Naast y aurait toutes ses chances, ils préfèreront sûrement continuer d'assouvir la troupe de fans cintrés et cirés comme en 1960 qui les suit fidèlement de concert en concert. On les comprend, mais là où nos garagistes du dimanche avaient prévu de dépasser cette Antichambre pour tout casser sur leur passage, ils ne renversent finalement rien du tout. Même pas les préjugés.

Anna Lester

article extrait de :
MAGIC RPM #107


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