En kiosque actuellement Commander

The Spirit Of Apollo de N.A.S.A.

chronique d'album
Avant tout, surgit ce concept aux allures de fantasme accompli. Plus fort que les Desert Sessions ou les albums d’UNKLE et de Fautline réunis, aussi bien-pensant mais plus branché que USA For Africa et We Are The World, The Spirit Of Apollo élève, avec une outrance toute américaine, la geste du featuring à un niveau record. Se bousculent ici au portillon : David Byrne, Chuck D, Seu Jorge, Method Man, RZA, John Frusciante, Krs-One, Tom Waits, Nina Persson, Karen O, Kanye West, Lykke Li, Spank Rock, Lovefoxxx, George Clinton, M.I.A., Santogold, Ghosface Killah et d’autres encore.

Un casting d’autant plus démesuré qu’il ressuscite un mort au passage (Ol’ Dirty Bastard) et se met au service de deux Dj’s obscurs réunis sous l’acronyme œcuménique N.A.S.A. (i.e North America/South America) : Sam Spiegel (alias Squeak E. Clean, producteur de Show Your Bones des Yeah Yeah Yeahs et frère de Spike Jonze) et Ze Gonzales (alias Dj Zegon, skateboarder professionnel reconverti dans le hip hop tropicaliste). L’idée déflorée, survient sa concrétisation un peu moins jojo. Sans grande surprise, la faiblesse du projet réside dans sa nature même. Si ce hip hop sans fioritures, avec ses beats ultrabasiques et ses gimmicks cuivrés ou électrisés, le gratifie d’une cohérence louable et le sauve allègrement de la superficialité, un album qui enfile sa quarantaine d’invités en dix-sept titres et soixante-dix minutes ne peut captiver de bout en bout.

The Spirit Of Apollo charrie donc son lot de réussites (le final à trompettes N.A.S.A. Anthem, le spatio-hit intégral Gifted magnétisé par la superstar Kanye West), d’incongruités (Ol’ Dirty Bastard hurlant en 2009 “Wu Tang, Wu Tang !”, avant de passer le crachoir à Karen O sur Strange Enough), de stupeur (la voix d’ogre de Tom Waits qui atomise le flow de Kool Keith sur Spacious Thoughts) et de ratages (Spank Rock faiblard sur Whatchadoin?). Comme le All Star Game lors d’une saison NBA, le glissement de dentelles lors d’une partie fine ou une chronique d’Anna Lester dans un magazine, The Spirit Of Apollo attire l’œil et excite l’attention, se révèle bien exécuté mais pas décisif.

Heureusement, les dérivés sont déjà en branle (un DVD, une collection de remixes, des pochettes et des clips à gogo, des bacchanales scéniques) et le principal adversaire désigné (The Brighton Port Authority, mené par un Norman ‘Fatboy Slim’ Cook très entouré). Le spectacle ne fait que commencer.
AnnA Lester
MAGIC RPM  #128


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser