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Evil Urges
archive mag juin 2008
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Sans crier gare, les barbus hirsutes de My Morning Jacket avaient détourné leur rock terrien vers un dub stratosphérique hallucinant, avec un album énorme, l’inépuisable Z (2005), probablement ce que le rock américain a fourni de plus puissant ces dernières années. Le combo de Louisville, Kentucky, a, semble-t-il, définitivement largué les amarres, voire même pété un câble. Car Evil Urges est insaisissable, déroutant et, au final, décevant, malgré quelques grandes chansons. On est d’abord frappé par une production lisse, d’où rien ne semble dépasser, contrastant cruellement avec l’ampleur phénoménale de Z. On soupçonne ensuite les Américains d’avoir voulu jouer sur deux tableaux qui s’accordent assez mal : d’une part, revenir en douce à un rock sudiste plus classique (la ballade Sec Walkin’ ou Remnants et ses grosses guitares), et d’autre part, pousser encore plus loin leur volte-face stylistique en faisant quelques paris aussi audacieux que casse-gueule (Highly Suspicious qui vire au n’importe quoi avec ses chœurs grotesques ou Touch Me I’m Going To Scream Part 2, longue divagation electro pop éthérée). Un pari gagné haut la main sur l’excellente envolée pop Two Halves, portée par une ligne de synthétiseur, une guitare claire et des chœurs surannés, ainsi que sur Smokin’ From Shootin’, formidable montée en puissance conduite par une section rythmique qui roule et amasse mousse. Surtout, il y a l’extraordinaire Touch Me I’m Going To Scream, mélange idéal d’arrangements synthétiques et organiques décuplé par une mélodie lubrique et le chant de Jim James, aigu mais sûrement pas émasculé. Un tube orgasmique qui pourrait bien à lui seul provoquer un mini baby-boom d’ici neuf mois, à l’issue d’un été forcément brûlant.
Vincent Théval
article extrait de :
MAGIC RPM #121
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