My Bloody Valentine
au ZénithFans désespérés d'avoir vu leur groupe (préféré) se défaire après une carrière riche mais chiche (maigre discographie), ou nouvelle génération ayant découvert sa dimension sacrée (encensée certes par une presse musicale, un brin nostalgique peut-être ?) par le simple bouche à oreille, ils se sont tous précipités hier soir au Zenith. Quoi qu'on en dise, qu'on adhère ou non, on est forcé de reconnaître que le nom My Bloody Valentine revient, matraqué, cité comme influence importante (les galaxies saturées de M83 dans Before The Dawn Heals Us, ou le flambeau repris par Blonde Redhead, ou plus anciennement Slowdive, pour ne citer que quelques exemples)... Un mélange d'impatience, de curiosité (de naïveté ?), de mystère pour les seconds côtoie celui de l'exaltation, de l'appréhension, et du pessimisme – ou de la lucidité – pour les premiers...
Arrivé au Zenith à l'heure dite. La première partie à peine entamée (Le Volume Courbe), la fosse ne craque pas ; facile d'accéder aux premières loges, pas de bousculades, pas vraiment d'acharnement. Petit à petit, la salle se remplit, démarrage direct, décollage immédiat, excitation subite mais mesurée. Le quatuor ouvre le bal sur un I Only Said, qui envoie le bordel, au sens propre comme au figuré : le son, puissant et rêche, mais peut-être trop élevé pour une ouverture, ferait presque regretter de ne pas être venu boules quiès compressées dans les deux oreilles. Plutôt brutal comme réveil, mais relativement jouissif. Le quatuor ne perd pas son temps et lâche au public l'onde chaotique et gorgée de brume qu'il attendait, avec le défaut principal (et prévisible) cependant d'y laisser les chœurs, les mélodies, les voix dans une profonde noyade souvent assourdissante... Au point de ne plus déceler, par moment, qui de Belinda Butcher ou de Kevin Shields roucoule. Pour développer le concept aérien, le grand écran projette des bouts de paysages : tantôt un visuel boisé fait d'images saccadées, tantôt une toile céleste pleine de nuages flottants, plus tard une mosaïque tourbillonnante viendra se confondre aux jeux de lumières. Puis le ciel se dégage pour finalement être envahi d'éclairs. Quelques passages calmeront la tempête : le bien nommé Slow marquera une pause pendant le trip, et l'alternance de scènes avec une femme qui court, saute, court, saute, court, reviendra semer la panique, tout en n'affolant pas autant qu'on aurait pu le croire. Car le public semble mitigé : bien sûr, dans le feu de l'action, les moins sceptiques se dandinent sans complexe, et les couples ont parfois l'air d'atteindre un septième ciel auditif, mais le sommet unanime n'est pas complètement au rendez-vous… Jusqu'à l'atterrissage, interminable. Près de quinze minutes de secousses, insoutenables pour un cardiaque, de plus en plus accélérées, de plus en plus violentes, de plus en plus intenses, un peu dans le même genre que le final du film Irréversible. On aurait l'impression d'entendre comme un grand écho de battements de cœurs ; la scène s'efface sous un brouillard surnaturel, et le brouhaha irait jusqu'à faire apprécier le massacre d'une armée de marteaux piqueurs. Un rappel et tout se rallume : ni Soft As Snow ni Sometimes n'ont été intégrés au set, alors qu'on aurait pu y avoir droit en conclusion (Sometimes = finir en douceur, bande son de Lost In Translation, etc). Non, c'est terminé, les ceintures peuvent maintenant se détacher. Et si dans les avions, de plus en plus fréquemment, les passagers applaudissent, celui-ci serait a priori le premier vol où l'on aura entendu, d'on ne sait trop quel côté, résonner quelques huées. Une bonne partie s'en va, regard figé sur ses pompes...
Rosario Ligammari