Biographie
Emmené (puis freiné) par Kevin Shields, guitariste maniaque des studios, My Bloody Valentine a réinjecté la notion de bruit dans la pop – comme The Velvet Underground, The Jesus & Mary Chain ou encore Sonic Youth en leur temps. Mais avant ça, lors d'une éphémère première incarnation, le quatuor d'origine irlandaise a fricoté avec une pop sixties et psychédélique assez conventionnelle. C'est en s'installant à Londres que Shields, toujours accompagné du batteur Colm O'Ciosog et rejoint par la bassiste Debbie Googe puis la guitariste et chanteuse Bilinda Butcher, commence à explorer d'autres horizons soniques. Le groupe signe sur le label indie qui monte, Creation Records, et réalise l'album Isn't Anything (1988), rétrospectivement considéré comme l'acte de naissance du shoegazing. Mais c'est avec Loveless, publié en 1991, que le quatuor défraye la chronique et affole les critiques. Son prix exorbitant (une vingtaine de studios différents, plusieurs centaines de milliers de Livres Sterling) est sur le point de faire couler le label. Mais le mélange de murs de guitares saturées, de voix plaintives et éthérées et de samples crée une ambiance qui désarçonne l'auditeur. Souvent représenté comme une pierre angulaire d'un rock expérimental et lysergique, ce disque confère une nouvelle dimension à un groupe qui livre des concerts extatiques et que les majors s'arrachent. Alors que Shields choisit de signer sur Island (pour une nouvelle somme astronomique), personne ne peut se douter que Loveless est en fait le chant du cygne de My Bloody Valentine. Cloîtré pendant des années, l'homme ne produit rien qui ne le satisfasse. Comme pour mieux entrer dans la légende… Si ses ex-acolytes se sont évanouis dans la nature, le guitariste est devenu équipier de luxe au sein de Primal Scream, producteur un poil indigent (pour The Pastels ou Yo La Tengo) et a collaboré à la bande originale du second long métrage de Sofia Coppola, Lost In Translation. Il n'empêche, son dilettantisme devenu légendaire n'a pas réussi à occulter l'importance – justifiée ou non – prise par Loveless depuis sa parution, influence majeure sur les années 90 (la scène noisy en général, et le post-rock en particulier).