Mustang ou le groupe anti-2009, qui défie l’entendement d’une époque dématérialisée à tout prix. Volontairement rétro mais jamais passéiste, ce trio clermontois trace le plus court chemin entre Elvis Presley et Taxi Girl, Bo Diddley et les yé-yé, Michel Polnareff et Suicide. Nulle trace, donc, comme chez leurs homologues auvergnats d’un énième revival folk. Alerté il y a quelques mois sur leur cas par l’ingénieur du son Stéphane “Alf” Briat, qui a mixé deux titres de leur Ep inaugural, on suit depuis de près Jean Felzine, Johan Gentile et Rémi Faure, bonnes gueules teigneuses qui pourraient sortir du film Les Cœurs Verts (1965) et qui réfutent l’imagerie d’Épinal du désœuvrement provincial. La vingtaine entamée, ces copains de lycée racontent, dans un bar parisien, la genèse de leur projet né, en 2007, autour d’un amour partagé pour Funhouse (1970) des Stooges, Live At The Star-Club Hamburg (1964) de Jerry Lee Lewis et le premier Velvet Underground.
D’ailleurs, leur première carte de visite figurait sur la compilation en hommage au Velvet enregistrée à la Coopérative de Mai, Écouter Le Velours (2007). Leur version de Run Run Run résume bien le son Mustang, à la fois roots et moderne (En Arrière En Avant, comme dit joliment le titre d’une chanson). Flairé par un ancien directeur artistique de Virgin, Jan Ghazi, Mustang rejoint vite l’écurie A Rag Records (Bo Weavil, Don Cavalli, Las Ondas Marteles). “Jan s’était promis de signer le premier mec avec un Pompadour qui chante en français”, précise leur manager Cyril Fournier. Tout s’enchaîne alors, entre un enregistrement (dont le tube Je M’Emmerde, jolie métaphore de l’ennui en version rockab’), des dates de concert (une cinquantaine à ce jour) et des premiers papiers dans la presse nationale. Le parti pris des textes en français participe à la singularité de cette formation incarnée, qui avoue ses références américaines et qui ne manie pas la langue de bois. “À notre goût, nous avons trop patienté avant la sortie de notre album”, confesse le bassiste Johan Gentile.
“Conscients de nos lacunes pour les harmonies vocales, nous avons choisi de suivre des cours de chant au studio des Variétés payés par les Francofolies et le Printemps de Bourges”, renchérit le batteur Rémi Faure, le sourire moustachu aux lèvres. “Je revendique le premier degré de mes textes”, affirme Jean Felzine, le chanteur-guitariste à la banane. “Nous ne sommes pas assez lettrés pour prétendre à quelque parole poétique”. À mi-chemin désarmant du rock et la variété, Mustang a choisi le titre de son album à paraître à l’automne. Ce sera A71, comme l’autoroute Clermont-Ferrand/Paris pour remonter à hauteur de ce groupe déjà capital.