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Entrevue - 15/11/11 de Mustang

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Inaugurée par Mustang en 2009, l'autoroute A71 fut le théâtre d'un choc violent. Le style de traumatisme que les Dogs et Taxi Girl firent subir à nos parents. Le genre de claque que Dominique A infligea à nos grand frères. Un groupe d'ici, fier, déterminé et armé d'une vision impeccable. Tout devait leur sourire. Ce fut le cas… ou presque. Songwriter inspiré et chanteur charismatique, Jean Felzine se retourne sur son parcours et évoque quelques envies. Sans fausse modestie, avec une franchise et un aplomb salvateurs, il brise les comparaisons un peu cavalières en même temps que les derniers Tabous. [Interview Thibaut Allemand].

Jean Felzine : Franchement, le succès critique, on s'y attendait un peu. Nous étions confiants, très sûrs de chansons qu'on jouait depuis longtemps. Mais on pensait avoir également le succès public, et on a vite déchanté. C'est de notre faute, aussi : nous avons pêché sur les concerts au début, car nous n’étions pas assez bons musiciens. Il a fallu l'expérience de la tournée de ce premier album pour qu'on apprenne à construire un set et se sentir enfin à l'aise.

On a le souvenir d'un concert lillois où vous aviez remis très froidement un spectateur à sa place, avec une morgue plutôt classe.
C'est sans doute un mélange de timidité et d'arrogance. Mais on ne sera jamais ni très bavards, ni très sympathiques sur scène. On n'est pas là pour discuter avec le public, mais pour jouer un maximum de chansons.

Y a-t-il des artistes dont tu as essayer de t'inspirer, scéniquement parlant ?
De mon côté, je ne suis pas un grand consommateur de concerts. J'ai connu mes plus grandes émotions musicales sur disque plutôt qu'en salle. Cela dit, les artistes qui nous ont marqués sont assez radicaux, comme The Stooges ou Suicide. Je les ai vus ensemble, à Londres, au Hammersmith. Aujourd'hui, ça n'a évidemment plus rien à voir, mais je me demandais s'il n'y avait pas des gens qui étaient payés pour les huer, comme sur les vieux live. Bon, ça fait partie du mythe. Dans Mustang, on est, bien sûr, séduit par cette friction avec le public. Mais on fait des ballades. Voilà, c'est notre problème : toujours avoir le cul entre deux chaises. Sans parler des synthés, qui gênaient ceux qui ne voulaient entendre que du rock'n'roll…

Parmi les critiques que vous avez pu lire, y a-t-il des comparaisons qui vous ont irrités ?
L'étiquette rockab'. Parler de nous comme un groupe de rockabilly, c'est comme dire que Benjamin Biolay fait de la bossa-nova ! Le rockab' est un style à part entière, et on ne le pratique pas. C'est l’une de nos influences, au même titre que le rock'n'roll, la soul ou la chanson française. Certains de ces journalistes nous défendaient par ailleurs, mais ils se focalisaient top sur la banane…

Un look travaillé.
Complètement. Mais c'est important, ça me séduit toujours, chez l'Elvis des fifties, Eddie Cochran. On avait fait quelques concerts dans le plus grand anonymat et, du jour où je me suis coiffé ainsi, on a commencé à parler de nous. Les chansons étaient pourtant les mêmes. Ça tient à peu de choses.

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Ainsi, le groupe de Clermont-Ferrand a pris l'A71 et s'est installé à Paris ?
Oui, et on nous présente toujours comme un groupe clermontois. Ce que nous sommes. Venir de Clermont a été important. Il y a eu le soutien indéfectible de la Coopérative de Mai. Être originaire de province nous a donnés une espèce de crédibilité. C'est stupide, mais c'est comme ça. Nous avons le même âge que la génération des baby-rockers, mais notre culture musicale est un peu différente. Eux ont pris en pleine poire la vague rock du début des années 2000, ils ont peut-être vu The Strokes ou The Libertines sur scène. Quant à nous, nous étions dans notre coin, à se faire notre propre panthéon en écoutant de vieux disques sans trop savoir ce qui était alors à la mode. Cela a dû jouer en partie sur la construction et l'originalité de Mustang. En Auvergne, aucun label n'allait nous faire des ponts d'or, ce qui a dû monter à la tête de certains. Malgré tout, je les respecte. Les BB Brunes, par exemple, sont capables de signer de bonnes chansons. Quant à nous, nous avons débarqué trois ou quatre ans après la vague. Ce qui est très long.

Aujourd'hui, la ville Clermont-Ferrand fait parler d’elle par le biais du label Kütu Folk, qui possède une identité forte. De votre côté, pensez-vous appartenir à une scène ?
Non, je ne crois pas qu'on puisse nous rattacher à un autre groupe. Ce n'est pas un jugement de valeurs, mais je ne pense pas qu'on ait d'équivalent en France. C'est dommage d'ailleurs.

Et ailleurs ?
(Il réfléchit.) Je ne suis pas un spécialiste de la musique qui sort aujourd'hui. Je ne vois pas.

Il y a quelques mois, votre reprise de La Nuit Je Mens a fait parler d'elle, malgré ou à cause de son éviction de l'album-hommage Tels Alain Bashung.
On l'a faite un peu au dernier moment. Nous étions très heureux au début, car nous étions le groupe le moins connu de la liste. Le simple fait d'apparaître au générique nous faisait plaisir. On a un peu déchanté en visant la liste des morceaux. Les chansons que l'on aurait voulu reprendre, comme J'Passe Pour Une Caravane ou Aucun Express, n'étaient plus disponibles. Étonnamment, La Nuit Je Mens n'était pas prise. On l'a choisie en étant certains d'être sélectionnés, car c'était sa chanson récente la plus célèbre, le titre anobli par excellence. Et on l'a attaquée assez rapidement, à tâtons, sans trop savoir par quel bout la prendre. Rémy (ndlr. Faure) a trouvé ce truc un peu accidenté à la batterie, et voilà.

Comment avez-vous vécu son éviction finale ?
L'argument invoqué, c'était que ce serait desservir Mustang de la laisser sur le disque. Je n'en étais pas persuadé, mais quand j'ai vu la volée de bois vert que s'est pris le tribute, je me suis dit que ce n'était peut-être pas idiot. De toute façon, on avait la tête dans notre deuxième LP et, à vrai dire, on s'en fichait un peu. On n'a pas à rougir de cette reprise. Le secret, c'est qu'on l'a attaquée sans trop de révérence. L'original est un bon morceau, mais ce n'est pas non plus un chef-d'œuvre. Hormis les cordes, la production est datée. Ce n'est pas ma chanson préférée de Bashung.

Mais tu t'étais fendu d'un texte sur le site de Mustang où…
(Il coupe.) Je m'en souviens, et oui, je disais que c'était une “très belle chanson, qui peut vous filer quelques frissons”.

Tu parlais quand même d'Éverest de la chanson française.
Oui, mais avec un point d'interrogation! (Rires.) Je ne voulais pas foutre la merde, mais Bashung est considéré comme LE sommet, et c'est effectivement un grand artiste, mais bon, au bout d'un moment… Bref. (Sourire.) Mais je suis très fier d'avoir assuré sa première partie.

Mustang - La Nuit Je Mens (Alain Bashung)

MAGIC RPM  #157


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