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Entrevue - 13/11/09 de Mustang

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Groupe anti-2009 de l’année, Mustang initie un potentiel revival rockab’ yé-yé en français. Surtout, le trio clermontois peut s’enorgueillir d’un premier album qui relie Elvis Presley à Taxi Girl, en passant par Aphex Twin. À propos d’A71 et d’autres sujets, parole à Jean Felzine, son charismatique leader banané. [Interview Franck Vergeade].


Magicrpm.com : Mustang
Jean Felzine : C’est un nom de groupe suggéré par l’un de nos anciens guitaristes. Car avant d’être en trio, avec le bassiste Johan Gentile et le batteur Rémi Faure, nous avons expérimenté plusieurs formules. Honnêtement, on aurait changé de nom si on avait pu trouver mieux, mais il était trop tard après la sortie du premier Ep, en 2007. On est bien conscient de son aspect cliché, à cause de la voiture américaine ou du modèle de guitare. À l’époque, on écoutait beaucoup The Shadows et leur chanson Mustang nous a certainement influencés. C’est aussi un clin d’œil à un titre de Wilson Pickett. Au final, Mustang a le mérite de ne pas sonner trop français, ni trop anglais. De toute façon, les noms de groupes ne sont pas si importants. Regarde Nirvana… Quand on prononce ce mot, on pense à la musique de Nirvana, pas au paradis bouddhiste

Jan Ghazi
On a rencontré notre futur manager en 2007. Il aimait bien les chansons, mais le son ne lui plaisait pas. On a fait sa connaissance par le truchement de Didier Veillot, le programmateur de la Coopérative de mai à Clermont-Ferrand, qui avait organisé un concours de reprises du premier album du Velvet Underground (ndlr. le 9 octobre). On avait interprété I’m Waiting For The Man et Run Run Run, une cover qui a été publié sur le 33 tours (ndlr. L’Auvergne Revisite The Velvet Underground & Nico 1967-2007). Jan Ghazi est donc la première personne du business qui nous ait approchés. Il a aussitôt cerné l’univers de Mustang et connaît très bien la musique, ce qui n’est pas le cas de tous les mecs de l’industrie du disque qu’on a pu croiser. Nous avons donc signé sur son label, A Rag Records. Jan sait aussi ce qu’il ne fallait pas faire : du yé-yé ou du rockabilly. Car ils sont peu à connaître véritablement le rockabilly. Nous sommes un groupe pop avant tout. Sans lui ? Nous continuerions peut-être à faire des concerts en Auvergne…

A71
On l’a beaucoup prise pour enregistrer l’album et jouer à Paris. Tout le monde nous demande si l’A71 est notre route 66, alors qu’on y voit plutôt une référence à Kraftwerk. J’ai toujours rêvé de vivre à Paris, l’une des plus belles villes du monde. D’ailleurs, je cherche actuellement à m’y installer. Cela dit, tout est plus facile à Clermont-Ferrand. D’autant que nous avons la chance de répéter dans le garage des parents du batteur, Rémi Faure. Nous avons tout le loisir d’y aller quand on veut. Pour le reste, je ne crois pas qu’il y ait des raisons géographiques à l’engouement actuel autour de Clermont-Ferrand. C’est un pur hasard. Là-bas, nous avons toujours eu le cul entre deux chaises, à la croisée du folk délicat et galvaudé façon Cocoon et de la scène garage locale auprès de laquelle nos slows passaient mal. Fatalement, nous nous sommes assez vite sentis seuls. En dehors du bassiste Johan Gentile, personne n’est auvergnat et nos parents ne travaillent pas non plus chez Michelin.

Trio
Après avoir testé plusieurs guitaristes, j’ai fini par jouer moi-même les parties de guitare. Pour l’heure, je ne vois pas qui aurait pu rentrer dans notre trio. À l’avenir, j’aimerais bien recruter soit un deuxième guitariste, soit un claviériste pour élargir la palette musicale. Dans l’immédiat, ce n’est pas encore d’actualité. Il faut absolument que nous fassions nos preuves sur scène

Langue
On a choisi de chanter dans notre langue maternelle parce que nous vivons en France, que nous ne parlons pas couramment anglais et que nous nous adressons à des Français. Je n’ai jamais compris ces groupes qui baragouinent en anglais. C’est, au mieux, une imposture très bien faite. Ce qui me choque le plus, ce sont les flyers ou les affiches écrites en anglais des groupes qui jouent au fin fond de l’Hexagone. Pour notre part, nous n’avons jamais voulu faire semblant. En tant qu’auteur, je revendique l’influence de Gainsbourg, de Polnareff et de toute la variété française – la meilleure comme la plus mauvaise – que j’entends depuis que je suis môme. J’aime bien aussi Joe Dassin, un excellent mélodiste qui possédait une très belle voix. D’ailleurs, je me verrais bien reprendre Marie-Jeanne. Lorsque j’ai commencé à écrire des textes, j’ai absolument évité de singer Gainsbourg, Ferré ou Brassens. Alors j’ai bêtement traduit des chansons américaines de ma discothèque, comme Je M’Emmerde qui n’est autre que la traduction, parfois littérale, de 1969 des Stooges. J’avais aussi la volonté de tendre vers une économie des mots, comme La Plus Belle Chanson Du Monde, qui repose seulement sur deux phrases.

Enfance
C’est bien quand c’est fini. (Sourire.) Gamin, j’étais plutôt parti pour dessiner. Je suis venu à la musique par le chant. Mon premier contact avec le rock’n’roll, c’est le jour où j’ai entendu I Wanna Be Your Dog en classe de cinquième par notre professeur de musique. Évidemment, j’ai découvert plus tard qu’il s’agissait de cette chanson-là. Après quelques cours de piano, plutôt pénibles car je n’aime pas lire les partitions, je me suis mis à la guitare pour m’accompagner en chantant. Je joue sur une Gretsch blanche, mais je n’ai pas de passion particulière pour cet instrument, ni l’âme d’un collectionneur

2008
Nouvelle année. (Rires.) On s’est demandé si on n’allait pas réenregistrer Je M’Emmerde, un titre écrit en 2004, pour remplacer 2008 par 2009 (ndlr. “2008 nouvelle année/Nouvelle année à rien branler”). C’est l’année où Mustang est devenu une affaire sérieuse, même si on a trouvé le temps un peu long depuis l’enregistrement de l’album. J’aimerais sortir les disques plus vite, comme Murat, car ces délais tuent tout dans l’œuf. Je n’ai pas spécialement l’impression que notre groupe soit à contrecourant de notre époque. Par hasard, nous sommes simplement tombés amoureux de la musique des années 50 et 60 à travers les disques empruntés à la médiathèque municipale

Jerry Lee Lewis
À l’époque où nous étions plongés dans les trois albums des Stooges, notre ancien guitariste nous a fait découvrir ce Live At The Star Club (1964), qui contient notamment des reprises de Little Richard et de Carl Perkins. Ce disque nous a servi de porte d’entrée sur tout un pan de la musique américaine

Maman Chérie
Peut-être le titre dont je suis le plus fier mélodiquement parlant, avec La Plus Belle Chanson Du Monde. C’est difficile de trouver aujourd’hui une suite d’accords pas déjà entendue chez les Beatles, The Beach Boys ou qui sais-je encore. Selon moi, il faut que la mélodie prime. Maman Chérie, une déclaration tendre pour un groupe couillu ? En la matière, la référence absolue, c’est Elvis Presley, qui est capable de tout chanter. C’est même le chanteur le plus caméléon du monde. Il porte en lui tous les chanteurs et les suiveurs qui s’en sont inspirés. Sur notre premier Ep, on avait repris I’m Gonna Sit Right Down And Cry. À un moment, il a été question d’une signature chez Legacy, qui vient de rééditer From Elvis In Memphis. Nous aurions été le premier groupe vivant à signer sur ce label… (Sourire.) On aime autant Little Richard ou Bo Diddley que Patrick Coutin. On rêvait d’un album qui ressemble au premier Velvet Underground, avec des ballades et des morceaux plus bruyants

Aphex Twin
C’est le Mozart électronique. Grâce à Suicide, nous nous sommes intéressés à ce genre musical, et particulièrement à Kraftwerk et à Aphex Twin. En voiture, on écoutait souvent Donkey Rhubard, alors j’ai décidé de plaquer un texte en français par-dessus. Comme Aphex Twin est imbattable sur son propre terrain, il valait mieux en faire une chanson. Au mixage, C’Est Fini s’est imposé comme le morceau de fin de l’album. Bizarrement, nous avons obtenu son autorisation, en nous répartissant respectivement 50% des droits d’auteur

Peigne
Mon ustensile indispensable. Je porte cette coiffure depuis trois ans. Il faut du temps pour réussir une banane. C’est un long apprentissage et personne ne peut t’initier à la faire… Sur les pochettes d’Elvis ou dans ses films, je trouvais sa banane absolument fascinante. C’est une coupe à la fois audacieuse et moderne. Forcément, ça demande beaucoup d’entretien. Pour les concerts, je mettais autrefois de la laque. Désormais, je finis par ressembler à Serge Lama…

Futur
Je savais que Mustang ferait son trou parce que les chansons le méritent. Tout est désormais en place pour qu’on ne puisse plus compter que sur la chance. L’album a les défauts de ses qualités. Au moment de l’enregistrement, on ne pouvait pas faire mieux avec nos moyens techniques. A71 est un disque de pop, de variété très arrangée. À l’avenir, j’aimerais que l’on entende davantage le groupe. Finalement, il n’y a pas eu beaucoup d’albums rock’n’roll dans notre langue. Il faut être ambitieux. Le rêve ? Un Raw Power en français.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #137


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