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Tentons de retracer le parcours du volatile : la peluche jaune Flat Eric battant la mesure d'une pub Levi’s sur un tube binaire aussi stupide qu'addictif (Flat Beat, 1999), c'est le premier fait d'armes au retentissement planétaire de Mr. Oizo, né Quentin Dupieux. Un temps sauveur du label F Communications (qui édite son premier LP, Analog Worms Attack, en 1999), il dévie aussi vite de son chemin tracé de faiseur de tubes pour aller s'essayer derrière la caméra, avec un objet filmique d'un nihilisme et d'une absurdité totale : Nonfilm (2001), jamais sorti en salles. D'albums – Moustache (Half A Scissor) (2005) et le mémorable Lambs Anger (2008) – en films – SteaK (2006), qui fut un bide injustifié –, Dupieux distille un non-sens instinctif, un rebrousse-poil inné et un fascinant sens du défi. Techniquement, son nouveau film, Rubber, est d'ailleurs une prouesse, puisqu'il l'a tourné avec un appareil photo numérique (Canon EOS 5D Mark II) et un scénario qui ferait tomber les bras d'une armée de fans de série Z. Un pneu sérial killer, c'est le pitch de cette histoire tournée dans le désert californien.



D'ores et déjà auréolé d'une belle rumeur, savamment déroulée par quelques projections ciblées – à Cannes en pole position – et d’un EP avant-coureur, Rubber sort conjointement en salles et chez les disquaires. Composée par Gaspard Augé, la moitié de Justice, et le réalisateur-musicien, la bande-son est à la hauteur du scénario du film : absolument libre, totalement débridée. De Rubber, vrille électroïde entêtante et caractéristique du style Mr. Oizo, à Trycicle Express, où l'on sent bien la touche Justice, la bande originale jongle entre hommages synthétiques aux envolées dramatiques à la John Carpenter et disco moroderien (TV Slut), lorgnant aussi parfois du côté du jingle publicitaire franchouillard seventies (Sheila). Il faut aussi signaler la perle intitulée Racket, tout en sifflets, flûtes et piano, presque aussi beau qu'un plan de Jean Rochefort au bord des larmes. Cet instrumental est composé par Gaspard Augé et Alka Balbir (déjà remarquée dans l’ombre de Benjamin Biolay), et mixé par Zdar, aux commandes de trois titres d’un disque qui tient définitivement la route.
Thomas Schwoerer
MAGIC RPM  #147


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