Il est nécessaire de prendre ce qui va suivre comme un compliment : Quentin Dupieux est un psychopathe. Ce qui ne fait pas pour autant de lui un criminel, du moins pas pour le moment, encore que son œuvre puisse avoir des effets dévastateurs sur qui accepte de s’y exposer à trop forte dose. En sa qualité d’artiste et donc d’homme public, il a déjà offert à la critique des éléments tangibles pour remonter aux sources du mal. En l’occurrence, l’année 1999 fait figure d’évènement fondateur.
Jeune musicien et vidéaste montant, il a déjà fait paraître deux maxis sous l’alias Mr Oizo et se fait la main sur les films de l’équipe Midi-Minuit patronnée par un certain Michel Gondry. Rien ne le prépare au bug prémonitoire qu’il va subir contre son gré. Une marionnette molle à poils jaunes, Flat Eric, s’échappe de son cerveau et prend le contrôle du clip de Flat Beat, tube house irrésistible qui le propulse d’un coup sur le devant de la scène. Devenue autonome, la bestiole signe chez une grande marque de jeans et devient une star internationale.
Ce qui n’était qu’une blague potache s’est changé en monstre et hante désormais les cauchemars du jeune créateur, dont l’indépendance vacille et qui n’a dès lors qu’une obsession : tuer sa créature. Mieux, la torturer jusqu’à ce que plus personne n’ose lui demander de refaire une marionnette molle à poil rose, vert ou bleu. Côté electro, il signe donc d’abord l’album Analog Worms Attack (1999), monument de fureur dada qui signe son suicide commercial. Il s’attaque ensuite à son Nonfilm (2001), que personne ne verra parce que personne n’est prêt à voir ça. Puis il prend son temps pour composer Moustache (Half A Scissor) (2005), encore plus branque et irascible que son prédécesseur.
Victoire, enfin : tout le monde s‘accorde à dire que Dupieux a pété les plombs, même dans les milieux autorisés où on l’encense comme génie révolutionnaire. Mais le garçon ne peut s’arrêter là, accro au goût du sang qui monte dans sa bouche à chaque geste autodestructeur. En 2007, il appelle les comiques vertigineux Éric & Ramzy, descendants possibles de Harpo Marx, ainsi que quelques amis fous (Sebastien Tellier, SebastiAn, Jonathan Lambert), pour jouer dans son premier long-métrage, SteaK. 275 000 entrées dans l’Hexagone, pas mal pour le film français le plus déroutant vu dans une salle obscure depuis... La Cité De L’Indicible Peur (1964) de Jean-Pierre Mocky, peut-être.
De quoi foutre les boules à notre suicidaire en chef. De quoi faire revenir au creux de ses nuits l’image d’une marionnette molle à poils jaunes... Notre Sisyphe a donc remis les mains dans le goudron numérique et accouche aujourd’hui de Lambs Anger, son bien nommé troisième Lp. Sur la pochette, le démon Flat Eric est enfin rattrapé et porté dans une cave humide pour une séance de torture dalinienne – l’œil arraché au rasoir du Chien Andalou de Luis Buñuel (1929). Légèrement plus accessible qu’à l’accoutumée (un espoir clinique ?), ce disque reste une attaque frontale, hilarante et revêche au commerce du son, aux codes imposés par ce commerce, à l’indigence vomitive du commerce en général.
Avec des titres et des idées incroyables : attaque de Hun, série Z, funk émasculé (Cut Dick), négativité Positif (“Arrêtez de vous reproduire/ Vous êtes des animaux”, un bonheur), déraillement porté aux nues (Error Jean), mal de dents (Gay Dentists), déclaration d’amour au larsen (Lars Von Sen) et Pourritures intimes exhibées fièrement. En résumé, trois-quarts d’heure de flagellation qui file la trique et vexe la morale, quarante-cinq minutes à jubiler en se gargarisant avec des clous synthétiques. Bientôt paraîtra le premier album très attendu de la jeune Uffie, produit en partie par Mr Oizo.
Un succès programmé, quasi inévitable. Encore une fois, Quentin Dupieux va se mettre dans une position insupportable. L’œuvre personnelle qui va suivre sera fatalement un massacre, pour le plus grand plaisir de tous les psychopathes.
Jeune musicien et vidéaste montant, il a déjà fait paraître deux maxis sous l’alias Mr Oizo et se fait la main sur les films de l’équipe Midi-Minuit patronnée par un certain Michel Gondry. Rien ne le prépare au bug prémonitoire qu’il va subir contre son gré. Une marionnette molle à poils jaunes, Flat Eric, s’échappe de son cerveau et prend le contrôle du clip de Flat Beat, tube house irrésistible qui le propulse d’un coup sur le devant de la scène. Devenue autonome, la bestiole signe chez une grande marque de jeans et devient une star internationale.
Ce qui n’était qu’une blague potache s’est changé en monstre et hante désormais les cauchemars du jeune créateur, dont l’indépendance vacille et qui n’a dès lors qu’une obsession : tuer sa créature. Mieux, la torturer jusqu’à ce que plus personne n’ose lui demander de refaire une marionnette molle à poil rose, vert ou bleu. Côté electro, il signe donc d’abord l’album Analog Worms Attack (1999), monument de fureur dada qui signe son suicide commercial. Il s’attaque ensuite à son Nonfilm (2001), que personne ne verra parce que personne n’est prêt à voir ça. Puis il prend son temps pour composer Moustache (Half A Scissor) (2005), encore plus branque et irascible que son prédécesseur.
Victoire, enfin : tout le monde s‘accorde à dire que Dupieux a pété les plombs, même dans les milieux autorisés où on l’encense comme génie révolutionnaire. Mais le garçon ne peut s’arrêter là, accro au goût du sang qui monte dans sa bouche à chaque geste autodestructeur. En 2007, il appelle les comiques vertigineux Éric & Ramzy, descendants possibles de Harpo Marx, ainsi que quelques amis fous (Sebastien Tellier, SebastiAn, Jonathan Lambert), pour jouer dans son premier long-métrage, SteaK. 275 000 entrées dans l’Hexagone, pas mal pour le film français le plus déroutant vu dans une salle obscure depuis... La Cité De L’Indicible Peur (1964) de Jean-Pierre Mocky, peut-être.
De quoi foutre les boules à notre suicidaire en chef. De quoi faire revenir au creux de ses nuits l’image d’une marionnette molle à poils jaunes... Notre Sisyphe a donc remis les mains dans le goudron numérique et accouche aujourd’hui de Lambs Anger, son bien nommé troisième Lp. Sur la pochette, le démon Flat Eric est enfin rattrapé et porté dans une cave humide pour une séance de torture dalinienne – l’œil arraché au rasoir du Chien Andalou de Luis Buñuel (1929). Légèrement plus accessible qu’à l’accoutumée (un espoir clinique ?), ce disque reste une attaque frontale, hilarante et revêche au commerce du son, aux codes imposés par ce commerce, à l’indigence vomitive du commerce en général.
Avec des titres et des idées incroyables : attaque de Hun, série Z, funk émasculé (Cut Dick), négativité Positif (“Arrêtez de vous reproduire/ Vous êtes des animaux”, un bonheur), déraillement porté aux nues (Error Jean), mal de dents (Gay Dentists), déclaration d’amour au larsen (Lars Von Sen) et Pourritures intimes exhibées fièrement. En résumé, trois-quarts d’heure de flagellation qui file la trique et vexe la morale, quarante-cinq minutes à jubiler en se gargarisant avec des clous synthétiques. Bientôt paraîtra le premier album très attendu de la jeune Uffie, produit en partie par Mr Oizo.
Un succès programmé, quasi inévitable. Encore une fois, Quentin Dupieux va se mettre dans une position insupportable. L’œuvre personnelle qui va suivre sera fatalement un massacre, pour le plus grand plaisir de tous les psychopathes.