Juste avant un concert
(forcément) épique organisé à la Flèche d'Or par nos confrères de Chronic'Art,
Phil Elverum nous a fait part de ses obsessions esthétiques, géologiques et
métaphysiques. Le poète, photographe de
talent et merveilleux songwritter nous parle ici des paysages écorchés du
Nord-Ouest américain (ceux filmés par Cimino dans The Deer Hunter), de
Twin Peaks, de l'œuvre du temps et de la part de la tempête.
[Interview par Xavier Mazure].
Presque une quinzaine d'années se sont écoulées depuis tes premiers enregistrements sous le nom de The Microphones. En quoi ta musique a changé depuis ce temps ?
Beaucoup de choses. J'ai le sentiment que ma musique change tout le temps. Du moins, j'essaie de la faire évoluer constamment. Je ne réécoute jamais mes anciens disques, même lors de la réédition récente de The Glow, part. 2. , je n'ai pas ressenti le besoin de le faire. J'essaie de me concentrer uniquement sur mon travail du moment. J'imagine qu'il sera intéressant de revenir en arrière, un jour, mais cela n'a jamais été l'une de mes préoccupations.
D'où tirais-tu ton inspiration il y a quinze ans?
J'écoutais beaucoup de musique américaine underground. Stereolab aussi, c'était mon groupe préféré. J'essayais de faire de la musique comme eux, d'expérimenter les guitares à leur façon. C'est aussi l'époque où je découvrais cette culture du home recording. Curieusement je n'ai jamais vraiment écouté beaucoup de folk. Mais ce que j'aimais dans la musique folk est ce qui la rapproche du punk : la liberté créatrice du DIY. Pour moi cette musique dite folk est une partie de la culture locale, comme l'art et la cuisine. C'est toujours le lieu qui m'importe.
Quelles sont tes influences extra-musicales ?
Je ne sais pas vraiment d'où vient mon inspiration musicale. Elle vient de partout. Je lis beaucoup de livres, j'aime l'art mais je ne peux pas faire de lien direct avec ma musique. C'est une grande combinaison d'influences difficiles beaucoup trop difficile à démêler.
Pour définir ta musique, romantisme et naturalisme sont des mots qui sautent à l'esprit. Refuserais-tu également ces étiquettes ?
J'adore les grandes fresques romantiques représentant des paysages. Il est vrai que je suis beaucoup moins touché par l'art contemporain car ces œuvres sont très cérébrales. Parfois je peux être ému par le travail de photographes modernes, mais pour moi l'art le plus fascinant est aussi le plus rudimentaire, comme ces paysages épiques qui m'inspirent continuellement.
Pourquoi as-tu changé de nom pour celui de Mount Eerie ?
J'avais comme un besoin de mettre ce nom à jour, de le rendre plus significatif pour le travail que je produisais à l'époque. Je pense que Mount Eerie accompagne mieux le sens de mes nouvelles chansons. À mes débuts je chantais à propos de microphones et l'acte de l'enregistrement en lui-même ; maintenant, je chante les montagnes sombres de mon enfance. Mount Eerie est une montagne qui me fascinait lorsque j'étais gamin, et ce sont ces paysages écorchés du Nord-Ouest américain qui hantent mon travail.
Le travail sur les pochettes et l'univers visuel sont très importants dans ton travail. C'est un détail pour beaucoup d'autres artistes. Comment expliques-tu cela ?
C'est pour moi une opportunité d'ajouter un univers visuel à ma musique. Il est possible que l'univers graphique rende la musique plus pertinente. Pour certains artistes ce n'est certainement pas primordial. Pour mes albums, cette idée d'un monde monde vaste et cohésif dans lequel l'auditeur peut pénétrer par plusieurs moyens est une ambition capitale. Dans l'idéal, j'aimerais avoir un film en trois dimensions où tous les sens seraient stimulées, même l'odorat ... (Rires). Le travail visuel n'est qu'un autre aspect d'une même chose, tout comme la musique que je compose.
Comment décrirais-tu l'humeur de Wind's Poem ?
Rêveuse, comme si on pénétrait calmement dans un brouillard. Et parfois, tout cela se réveille avec cette autre voix qui est celle du vent (Phil Elverum bruite une tempête). Le concept de l'album était de faire parler le vent. Cette voix est sombre aussi, effrayante, parfois menaçante. Le vent est un élément destructif, qui tue lentement. L'érosion est ici une métaphore de la mortalité.
Comment définis-tu le son et la production de ce disque ?
J'ai essayé de créer un son qui me paraissait nouveau. Les gens ont qualifié ce disque d'album de métal à cause de ces guitares violentes, d'autres ont parlé de folk. Pour moi, cela n'a aucun intérêt de diviser et d'étiqueter la musique. L'ambition sonore était de raconter une histoire, parfois avec des guitares et très fortes et très bruyantes, puis apaiser le mur du son de cette tempête avec une guitare acoustique ou un simple silence instrumental seulement troublé par ma voix.
Tu as repris le thème forestier de Twin Peaks dans le titre Between Two Mysteries. Quels sont les points communs entre Wind's Poem et la série de David Lynch ?
La série et cette musique occupent une place particulière dans mon cœur, mais c'est aussi une plaisanterie et un raccourci. J'espère que l'auditeur en écoutant cette musique se remémore les pins et la forêt sombre de David Lynch. C'est avant tout une porte d'entrée. Ce qui m'intéresse le plus, c'est cette forêt présente à côté de la ville. Elle est le symbole et le lieu du changement, de la mort et de la renaissance ; les hommes en ont peur et préfèrent l'ignorer. David Lynch, contrairement à moi, en fait le théâtre du Mal. On a souvent dit que mon disque est influencé par le black métal, toutefois cette idée d'une division entre le Bien et le Mal omniprésente chez Lynch et dans cette scène musicale m'est indifférente.
As-tu des pistes pour ton prochain album ?
Même si je n'ai pas encore écrit la moindre chanson, j'ai quelques idées sur ce que j'ai envie de faire. J'espère trouver un son encore plus lourd. Quelque chose comme un tremblement de terre, un son plus épique. Tout cela est encore assez confus.
[Interview par Xavier Mazure].
Presque une quinzaine d'années se sont écoulées depuis tes premiers enregistrements sous le nom de The Microphones. En quoi ta musique a changé depuis ce temps ?
Beaucoup de choses. J'ai le sentiment que ma musique change tout le temps. Du moins, j'essaie de la faire évoluer constamment. Je ne réécoute jamais mes anciens disques, même lors de la réédition récente de The Glow, part. 2. , je n'ai pas ressenti le besoin de le faire. J'essaie de me concentrer uniquement sur mon travail du moment. J'imagine qu'il sera intéressant de revenir en arrière, un jour, mais cela n'a jamais été l'une de mes préoccupations.
D'où tirais-tu ton inspiration il y a quinze ans?
J'écoutais beaucoup de musique américaine underground. Stereolab aussi, c'était mon groupe préféré. J'essayais de faire de la musique comme eux, d'expérimenter les guitares à leur façon. C'est aussi l'époque où je découvrais cette culture du home recording. Curieusement je n'ai jamais vraiment écouté beaucoup de folk. Mais ce que j'aimais dans la musique folk est ce qui la rapproche du punk : la liberté créatrice du DIY. Pour moi cette musique dite folk est une partie de la culture locale, comme l'art et la cuisine. C'est toujours le lieu qui m'importe.
Quelles sont tes influences extra-musicales ?
Je ne sais pas vraiment d'où vient mon inspiration musicale. Elle vient de partout. Je lis beaucoup de livres, j'aime l'art mais je ne peux pas faire de lien direct avec ma musique. C'est une grande combinaison d'influences difficiles beaucoup trop difficile à démêler.
Pour définir ta musique, romantisme et naturalisme sont des mots qui sautent à l'esprit. Refuserais-tu également ces étiquettes ?
J'adore les grandes fresques romantiques représentant des paysages. Il est vrai que je suis beaucoup moins touché par l'art contemporain car ces œuvres sont très cérébrales. Parfois je peux être ému par le travail de photographes modernes, mais pour moi l'art le plus fascinant est aussi le plus rudimentaire, comme ces paysages épiques qui m'inspirent continuellement.
Pourquoi as-tu changé de nom pour celui de Mount Eerie ?
J'avais comme un besoin de mettre ce nom à jour, de le rendre plus significatif pour le travail que je produisais à l'époque. Je pense que Mount Eerie accompagne mieux le sens de mes nouvelles chansons. À mes débuts je chantais à propos de microphones et l'acte de l'enregistrement en lui-même ; maintenant, je chante les montagnes sombres de mon enfance. Mount Eerie est une montagne qui me fascinait lorsque j'étais gamin, et ce sont ces paysages écorchés du Nord-Ouest américain qui hantent mon travail.
Le travail sur les pochettes et l'univers visuel sont très importants dans ton travail. C'est un détail pour beaucoup d'autres artistes. Comment expliques-tu cela ?
C'est pour moi une opportunité d'ajouter un univers visuel à ma musique. Il est possible que l'univers graphique rende la musique plus pertinente. Pour certains artistes ce n'est certainement pas primordial. Pour mes albums, cette idée d'un monde monde vaste et cohésif dans lequel l'auditeur peut pénétrer par plusieurs moyens est une ambition capitale. Dans l'idéal, j'aimerais avoir un film en trois dimensions où tous les sens seraient stimulées, même l'odorat ... (Rires). Le travail visuel n'est qu'un autre aspect d'une même chose, tout comme la musique que je compose.
Comment décrirais-tu l'humeur de Wind's Poem ?
Rêveuse, comme si on pénétrait calmement dans un brouillard. Et parfois, tout cela se réveille avec cette autre voix qui est celle du vent (Phil Elverum bruite une tempête). Le concept de l'album était de faire parler le vent. Cette voix est sombre aussi, effrayante, parfois menaçante. Le vent est un élément destructif, qui tue lentement. L'érosion est ici une métaphore de la mortalité.
Comment définis-tu le son et la production de ce disque ?
J'ai essayé de créer un son qui me paraissait nouveau. Les gens ont qualifié ce disque d'album de métal à cause de ces guitares violentes, d'autres ont parlé de folk. Pour moi, cela n'a aucun intérêt de diviser et d'étiqueter la musique. L'ambition sonore était de raconter une histoire, parfois avec des guitares et très fortes et très bruyantes, puis apaiser le mur du son de cette tempête avec une guitare acoustique ou un simple silence instrumental seulement troublé par ma voix.
Tu as repris le thème forestier de Twin Peaks dans le titre Between Two Mysteries. Quels sont les points communs entre Wind's Poem et la série de David Lynch ?
La série et cette musique occupent une place particulière dans mon cœur, mais c'est aussi une plaisanterie et un raccourci. J'espère que l'auditeur en écoutant cette musique se remémore les pins et la forêt sombre de David Lynch. C'est avant tout une porte d'entrée. Ce qui m'intéresse le plus, c'est cette forêt présente à côté de la ville. Elle est le symbole et le lieu du changement, de la mort et de la renaissance ; les hommes en ont peur et préfèrent l'ignorer. David Lynch, contrairement à moi, en fait le théâtre du Mal. On a souvent dit que mon disque est influencé par le black métal, toutefois cette idée d'une division entre le Bien et le Mal omniprésente chez Lynch et dans cette scène musicale m'est indifférente.
As-tu des pistes pour ton prochain album ?
Même si je n'ai pas encore écrit la moindre chanson, j'ai quelques idées sur ce que j'ai envie de faire. J'espère trouver un son encore plus lourd. Quelque chose comme un tremblement de terre, un son plus épique. Tout cela est encore assez confus.