À la fin des années 90, alors que les gangsters se noient dans leur
propre sang, le débutant Mos Def remet la critique sociale au goût du jour, et
s’impose comme le fer de lance du label Rawkus. Simple question de timing pour
ce Mc surdoué, qui prend alors sa revanche sur une carrière d’acteur
ratée ? Certainement pas. De fait, toute sa carrière est faite de luttes
et de prises de risque. Ainsi, lors de la dernière cérémonie des MTV Music
Awards, il est arrêté par la police après avoir interprété Katrina Clap,
titre dénonçant les manquements de l’administration Bush suite à l’ouragan qui
a ravagé la Nouvelle-Orléans, devant le Radio City Music Hall de New York. Tout
un symbole pour cet artiste citoyen, qui mène toujours de front combats
idéologiques et propositions musicales. Renommé Dollar Day, ce morceau
compte parmi les plus réussis de True
Magic. Sur ce troisième album étonnamment sage, le Boogie Man décline son
flow sur un mode cool, et met de la soul dans son moteur. On est loin des
audaces rock de son prédécesseur, The New Danger (2004), qui contient
les seules tentatives réussies de rap metal, mais aussi du génie de Black On
Both Sides (1999). Le manque de mariages sonores ambitieux est atténué par
la qualité des compositions et de la production. On retiendra notamment Undeniable,
impitoyable et classe, ainsi que Murder Of A Teenage Life, servie par
des Neptunes qu’on ne savait capables d’une telle noirceur. Le Black Dante ose
même une reprise de l’insurpassable Liquid Sword de GZA (Crime &
Medicine), histoire de corser un peu plus le débat autour de ce disque à
tiroirs. C’est le minimum qu’on pouvait attendre de la part de ce rappeur
impétueux, qui compte aujourd’hui parmi les grands.