Ce neuvième
album solo, et le troisième depuis le retour en grâce de You Are The Quarry
(2004), sera pour les exégètes une belle occasion de se triturer les
méninges : chemise Fred Perry typiquement british, typographie qui relève
à la fois de l’art déco et de la sunshine pop, cet enfant… et ce titre : Des
Années De Refus. De reformer The Smiths, goûter aux joies de l’amour
physique, conserver un label, avaler un kebab ?
Qu’importe, Years Of Refusal s’ouvre par l’explosif Something Is Squeezing My Skull, tout en guitares épiques, mélodie roborative, sensuelles inflexions vocales et déboires médicamenteux. Suit Mama Lay Softly On The Riverbed, lesté d’un batteur un brin expansif et d’une production lourdingue de feu Jerry Finn, où Morrissey théâtralise une attaque pavlovienne contre tout ce qui porte l’uniforme sur fond de complexe d’Œdipe et d’instinct de mort. Plus loin, les arpèges du nouveau single I’m Throwing My Arms Around Paris, jolie ballade psycho-géographique et francophile (il citait déjà Marseille et Lyon dans Christian Dior) arborent de faux airs de Bona Drag.
On passe rapidement sur That’s How People Grow Up, faible simple paru l’an passé et énième variation sur le thème de How Soon Is Now?, pour mieux se délecter de All You Need Is Me, autre titre déjà publié et modèle de chanson crâneuse dont l’éternel outsider a le secret. Et si One Day Goodbye Will Be Farewell, crève-cœur emphatique, s’achève sur des trompettes baléariques, c’est When I Last Spoke To Carol qui surprend : cuivres mariachis et guitares flamenco, le Mancunien errant semble dédier cette chanson à ses fans latinos des barrios de Los Angeles et se souvenir de ses années barcelonaises. Black Cloud, glam rock tendu basé sur la ligne de basse de Tomorrow, voit Jeff Beck poussé dans les coins par un Morrissey sûr de lui qui ne laisse aucune place au guitar-hero. Tant mieux. La merveilleuse It’s Not Your Birthday Anymore est un temps fort de l’album : Mozzer pousse sa voix dans ses derniers retranchements et sa plume loin dans la cruauté : “It's not your birthday anymore/Did you really think we meant/All those syrupy, sentimental things/That we said?”
Suit, bordée de samples de films français, la déchirante You Were Good In Your Time – miroir inversé de la fielleuse Get Off The Stage jadis adressée à Jagger (ou Bowie ?). L’histoire aurait pu s’arrêter là, par ces deux petits chefs-d’œuvre cosignés par Alan Whyte. Mais c’était sans compter sur Jesse Tobias qui livre deux morceaux nous replongeant dans les grandes heures de l’expérimental et déconstructiviste Southpaw Grammar (1995). Agréables mais sans saveur, Sorry Doesn’t Help et I’m OK By Myself concluent au forceps un album qui n’en demandait pas tant – et préparent déjà le terrain d’une tournée titanesque. Des années, donc, que le Moz refuse de rentrer dans le rang, de choisir entre deux postures, celle du crooner précieux ou du sex-symbol viril et vieillissant.
À l’aube de son demi-siècle, l’ex-The Smiths est conscient qu’il ne pourra plus jamais être aussi subversif qu’il y a vingt ans. À l’époque, ses chansons pop et politiques jaillissaient de chambres d’ados torturés, traînant leur cortège de paroles désespérées et ironiques. Désormais, le chanteur n’évoque désormais plus que lui-même, remisant au placard ses observations sur le monde. De notre côté, on rêve d’une collaboration entre Morrissey, Richard Hawley et David Whitaker…
Qu’importe, Years Of Refusal s’ouvre par l’explosif Something Is Squeezing My Skull, tout en guitares épiques, mélodie roborative, sensuelles inflexions vocales et déboires médicamenteux. Suit Mama Lay Softly On The Riverbed, lesté d’un batteur un brin expansif et d’une production lourdingue de feu Jerry Finn, où Morrissey théâtralise une attaque pavlovienne contre tout ce qui porte l’uniforme sur fond de complexe d’Œdipe et d’instinct de mort. Plus loin, les arpèges du nouveau single I’m Throwing My Arms Around Paris, jolie ballade psycho-géographique et francophile (il citait déjà Marseille et Lyon dans Christian Dior) arborent de faux airs de Bona Drag.
On passe rapidement sur That’s How People Grow Up, faible simple paru l’an passé et énième variation sur le thème de How Soon Is Now?, pour mieux se délecter de All You Need Is Me, autre titre déjà publié et modèle de chanson crâneuse dont l’éternel outsider a le secret. Et si One Day Goodbye Will Be Farewell, crève-cœur emphatique, s’achève sur des trompettes baléariques, c’est When I Last Spoke To Carol qui surprend : cuivres mariachis et guitares flamenco, le Mancunien errant semble dédier cette chanson à ses fans latinos des barrios de Los Angeles et se souvenir de ses années barcelonaises. Black Cloud, glam rock tendu basé sur la ligne de basse de Tomorrow, voit Jeff Beck poussé dans les coins par un Morrissey sûr de lui qui ne laisse aucune place au guitar-hero. Tant mieux. La merveilleuse It’s Not Your Birthday Anymore est un temps fort de l’album : Mozzer pousse sa voix dans ses derniers retranchements et sa plume loin dans la cruauté : “It's not your birthday anymore/Did you really think we meant/All those syrupy, sentimental things/That we said?”
Suit, bordée de samples de films français, la déchirante You Were Good In Your Time – miroir inversé de la fielleuse Get Off The Stage jadis adressée à Jagger (ou Bowie ?). L’histoire aurait pu s’arrêter là, par ces deux petits chefs-d’œuvre cosignés par Alan Whyte. Mais c’était sans compter sur Jesse Tobias qui livre deux morceaux nous replongeant dans les grandes heures de l’expérimental et déconstructiviste Southpaw Grammar (1995). Agréables mais sans saveur, Sorry Doesn’t Help et I’m OK By Myself concluent au forceps un album qui n’en demandait pas tant – et préparent déjà le terrain d’une tournée titanesque. Des années, donc, que le Moz refuse de rentrer dans le rang, de choisir entre deux postures, celle du crooner précieux ou du sex-symbol viril et vieillissant.
À l’aube de son demi-siècle, l’ex-The Smiths est conscient qu’il ne pourra plus jamais être aussi subversif qu’il y a vingt ans. À l’époque, ses chansons pop et politiques jaillissaient de chambres d’ados torturés, traînant leur cortège de paroles désespérées et ironiques. Désormais, le chanteur n’évoque désormais plus que lui-même, remisant au placard ses observations sur le monde. De notre côté, on rêve d’une collaboration entre Morrissey, Richard Hawley et David Whitaker…