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Trois ans après un étrange Greatest Hits (2008) et même pas deux ans après une dispensable compilation de faces B (Swords, 2009), débarque une nouvelle rétrospective signée Morrissey. À ce rythme, les albums originaux seront bientôt plus rares que les rééditions et autres rempaquetages. En témoigne un énième Best Of -– mais celui-ci est Very, vous saisirez la nuance – ne comportant que des morceaux d’avant 1996. On y retrouve – ô surprise ! – Suedehead et Everyday Is Like Sunday. Aussi inaltérables soient-ils, on ne s’attardera pas sur ces deux hits pour se désoler un peu plus : le tiers de cette compilation provient de la belle édition du vingtième anniversaire de Bona Drag, parue en… automne dernier, et sur laquelle on s’est déjà exprimé en long, en large et (surtout ?) en travers. D’autres titres – l’élégiaque et solennel I’ve Changed My Plea To Guilty ou Girl Least Likely To, un poil plus rares – agrémentaient l’édition 1997 de Viva Hate (1989).



Mais ne boudons pas trop notre plaisir, il ne s’agit pas d’un florilège de raretés mais bien d’une compilation pour entrer dans la carrière d’un artiste. Et le néophyte sera de toute façon comblé par un triumvirat magnifique : la défaite sur le ring et (surtout) face à la vie est divinement chantée sur l’air envoûtant de Boxers, paré de guitares tintinnabulantes. Diaphane et lumineuse, My Love Life révèle, s’il le fallait, un crooner hors pair et des vers aussi drôles que pathétiques (“I know you love one person so/ Why can't you love two ?/Give a little something /To my love life”). Soutenu par les chœurs de Chrissie Hynde, Moz peut laisser courir son timbre aérien. Impossible d’omettre Moon River, classique absolu de Mancini repris des centaines de fois mais magnifié par le Mancunien, qui laisse filer la mélodie éternelle près de dix minutes. On exagèrerait à peine en écrivant que cette chanson vaut, à elle seule, l’achat de ce Very Best Of incongru. Enfin, on reste séduit quoique (un peu) circonspect face à Interlude, crève-cœur signé Hal Shaper et George Delerue. Cette version rare, interprétée par un Morrissey solitaire, perd la sensualité froide qui émanait du single originel, belle ballade meurtrière soufflée en compagnie de la vénéneuse Siouxsie – et seul duo auquel Morrissey ait jamais participé. Enfin, quelques morceaux, disséminés au hasard ou presque, posent question, tels la très glam Tomorrow, le rockab’ revanchard et ronsonien You’re Gonna Need Someone On Your Side ou l’évidence bouleversante du single The More You Ignore Me, The Closer I Get.

Morrissey - Moon River


Ces titres, qui ne figurent pas parmi les meilleurs de leur œuvre d’origine, sont très légèrement retouchés. Faut-il s’attendre sous peu à des rééditions de Your Arsenal (1992) et de l’inusable Vauxhall & I (1994) ? Au vu de la discographie chaotique et répétitive du Moz, on ne s’en étonnerait pas. Mais on espère alors une Deluxe Edition plutôt qu’un tracklisting chiche et bouleversé. À nouveau sans label fixe, Morrissey aurait déjà enregistré un dixième album studio. En attendant, si jamais l’envie lui prenait d’éditer du matériel existant, on ne saurait trop lui conseiller l’excellent pirate enregistré le 28 mars 2000 à Santiago du Chili. Un concert faramineux, uniquement disponible en bootleg. Et une autre porte d’entrée, moins fréquentée, vers un artiste que l’on tient en très haute estime, malgré cette manie de la “re-issue, re-package, double-pack with a photograph…” condamnée il y a très, très longtemps.


Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #153


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marie - 08/06/2011 19:00
sincèrement, ça n'a aucun intérêt ce 350ème best of.